Procès en appel de Marine Le Pen : Secoué par la présidente du tribunal, Julien Odoul « regrette » mais s’explique peu

Published 5 hours ago
Source: 20minutes.fr
Procès en appel de Marine Le Pen : Secoué par la présidente du tribunal, Julien Odoul « regrette » mais s’explique peu
<p><em><strong>A la cour d’appel de Paris,</strong></em></p><p>Il se tient droit dans son costume bleu foncé, les mains posées sur le pupitre, et parvient à garder son calme malgré des questions répétées, insistantes et agacées de la présidente Michèle Agi. <a href="https://www.20minutes.fr/politique/4178274-20251009-portez-tenue-militaire-depute-rn-julien-odoul-accuse-racisme-apres-debat-houleux-bfmtv">Julien Odoul</a> répond d’une petite voix, souvent de manière brouillonne, peu convaincante à en croire les réactions du tribunal. Le député RN de l’Yonne est <a href="https://www.20minutes.fr/justice/4195767-20260113-proces-marine-pen-joue-carte-ignorance-accuse-parlement-europeen-avoir-joue-role">jugé en appel</a> pour avoir travaillé pour le <a href="https://www.20minutes.fr/politique/fn/">Front national</a> à partir d’octobre 2014, pourtant <a href="https://www.20minutes.fr/justice/4117148-20241022-proces-assistants-rn-assistant-connaissait-deputee">payé en tant qu’assistant parlementaire</a> de la députée européenne Mylène Troszczynski.</p><p>Sous l’imposant plafond de la cour d’appel de Paris, il « regrette infiniment cette période ». A l’époque, c’est un jeune homme de 29 ans engagé dans la politique, d’abord l’UDI pour se tourner vers le Front national (pas encore renommé <a href="https://www.20minutes.fr/politique/rassemblement-national/">Rassemblement national</a>) en 2014. C’est aux universités d’été à Marseille qu’il fait la rencontre de cadres du parti, et notamment de Philippe Martel, alors directeur de cabinet de la présidente <a href="https://www.20minutes.fr/politique/marine-le-pen/">Marine Le Pen</a>. Une femme que Julien Odoul « admire » et pour qui il aimerait travailler. Au point de devenir hors-la-loi ? C’est ce que tente d’éclaircir Michèle Agi.</p><h2>Des SMS évocateurs</h2><p>Boosté par ses contacts récurrents et encourageants avec Philippe Martel, Julien Odoul quitte son poste à l’UDI dans l’espoir de se voir offrir un job dans l’équipe du cabinet de Marine Le Pen. Déception. Le parti vient de remporter de nombreux sièges aux élections européennes. On lui propose alors un poste en tant qu’assistant parlementaire d’une députée européenne FN.</p><p>Pourtant, un échange de SMS entre le directeur de cabinet et le jeune militant souligne un enthousiasme contradictoire avec la « douche froide » que Julien Odoul décrit à la cour quand il comprend que son recrutement au parti va être compliqué. « Ouf, c’est O.K. Montage financier dans une semaine » , reçoit-il de Philippe Martel, avant de répondre : « Alléluia ! ! ! » « Tu seras peut-être pris en charge par le Parlement européen, ce qui est parfaitement neutre », l’avait prévenu le directeur de cabinet, ce à quoi il répond : « Aucun problème. »</p><h2>La faute aux autres</h2><p>Une période de plusieurs mois, au moins jusqu’à janvier 2015, va beaucoup l’occuper. Mais pas au parlement européen. Julien Odoul l’admet : il travaille essentiellement, si ce n’est exclusivement, pour Marine Le Pen et le parti. Se disant « laissé à l’abandon », à aucun moment il ne reçoit de tâche à accomplir de son eurodéputée si ce n’est de se « rendre utile au sein du siège ». « Mais à qui ? Auprès de qui ? Ça ne veut rien dire se rendre utile au siège, martèle la présidente. Qu’est-ce que vous comprenez ? » Julien Odoul finit par capituler. Il l’a interprété comme une opportunité pour se « positionner auprès de Marine Le Pen et se rendre utile » auprès d’elle.</p><figure><a href="https://www.20minutes.fr/politique/rassemblement-national/">Tout notre dossier sur le Rassemblement national</a></figure><p>En même temps, si Mylène Troszczynski lui avait donné du travail, il n’aurait pas eu le temps de mettre son temps à profit de Marine Le Pen et il ne « serait pas devant vous aujourd’hui », tente de se défendre l’élu RN. « Vous la rendez responsable de tout, s’agace la présidente. On a quand même le sentiment que, depuis le début, vous saviez que vous n’alliez pas travailler pour Mylène Troszczynski. » Julien Odoul tente de se défendre, rejetant parfois la faute sur son eurodéputée, parfois sur sa « négligence ». « Ce n’est pas de la négligence, vous ne pouvez pas dire ça, pas dans une enceinte de justice », le reprend Michèle Agi.</p><h2>Des aveux à demi-mot</h2><p>Se dessine alors clairement ce qu’on lui reproche. « Peu importe la façon dont vous allez être payé, vous allez travailler pour Marine Le Pen ? », lui demande la présidente. « L’important pour moi c’est de travailler pour le Front national », acquiesce-t-il. Au préjudice financier du Parlement européen, tente de lui faire dire l’avocat de l’institution Patrick Maisonneuve.</p><figure> </figure><p>« A aucun moment, je n’ai eu l’impression de faire mal, de commettre un délit, de voler qui que ce soit », tente dans une dernière prise de parole Julien Odoul, assurant qu’il aurait préféré avoir « la présence d’esprit, la liberté et le caractère pour demander un autre contrat ». « Si j’avais pu, j’aurais fait différemment », lance-t-il désespérément à la barre. En première instance, il a été reconnu coupable et condamné à huit mois de prison avec sursis assorti d’une peine d’inéligibilité d’un an.</p>