<p><strong><em>Au tribunal correctionnel de Paris,</em></strong></p><p>Une salle d’audience. Deux affaires. Deux hommes. Deux profils très différents. Pourtant, ces deux dossiers intéressent particulièrement la presse présente jeudi, jusqu’en fin de soirée, dans la 10e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Le premier, Andry A. comparaît libre pour avoir copié des informations classées secret défense et/ou confidentiel défense de la <a href="https://www.20minutes.fr/societe/dgsi/">DGSI</a>, puis les avoir stockées chez lui. Ce Franco-Malgache de 55 ans arrive dans une tenue décontractée, chemise à carreaux bleue et blanche, veste foncée, pantalon large qui recouvre à peine ses <a href="https://www.20minutes.fr/economie/4143484-20250330-mathieu-blanchard-rihanna-comment-chaussures-salomon-descendues-montagne-conquerir-ville">Salomon</a>. Le visage détendu, parfois même souriant, il semble serein.</p><p>Le second, Camille A., 35 ans, rasé de près, arbore un costume cravate laissant apparaître une silhouette élancée. Contrairement à son prédécesseur, son visage est fermé, l’air inquiet, il agite ses mains lorsque son avocate plaide la nullité de son dossier. Sa demande de huis clos est rejetée, malgré une tentative de « chantage » au silence, comme la qualifie la procureure. Cet ancien agent de la <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/dgse">DGSE</a> est convoqué pour avoir extrait frauduleusement quelque 16 GO de données à caractère de secret de défense nationale, de les avoir reproduites, recueillies et livrées à des sociétés étrangères.</p><h2>Un cerveau qui ne « comprend pas » ce qu’on lui reproche</h2><p>Les faits se ressemblent, mais la deuxième affaire comporte un volet plus grave. Camille A. avait menacé de se taire. C’est tout le contraire. Il sort cinquante mots à la seconde, s’agite à la barre, développe ses réponses longuement, les noie parfois dans des détails très précis et force régulièrement le président à intervenir : « ce n’est pas un monologue, vous répondez à des questions ».</p><figure><iframe title="Interview 007 : « James Bond est un personnage de légende »" width="100%" height="100%" src="https://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01357940/zone/1/src/qv5zv3f/showtitle/1/" frameborder="0" scrolling="no" marginwidth="0" marginheight="0" hspace="0" vspace="0" webkitallowfullscreen="true" mozallowfullscreen="true" allowfullscreen="true" allow="autoplay" referrerpolicy="no-referrer-when-downgrade"></iframe></figure><p>Même son avocate tente de le calmer avec un « chuuut » lancé depuis son banc. Il conteste, réexplique, remet en contexte. S’il est parti avec des données - dont peut-être, on ne sait pas, mais sûrement s’il a été placé 73 heures en garde à vue sont classifiées très secrètes –, c’est pour deux raisons. La première : il était attaché aux dossiers sur lesquels il a travaillé pendant ses six ans à la DGSE. La seconde : pour se protéger de sa hiérarchie.</p><p>Courant 2024, les relations se dégradent avec ses supérieurs et ses collègues. Eux le soupçonnent, le trouvent « bizarre ». Lui leur en veut et décide de poser sa démission. Il est embauché par une start-up allemande spécialisée dans l’exploration spatiale pour y développer une capsule. C’est justement un des reproches : il est parti avec des données sur le sujet sous le bras, alors même que ce n’était pas son domaine de compétences à la DGSE, et qu’elles étaient classifiées. Dans son ordinateur personnel seront également retrouvées « des données de très grande sensibilité et d’une quantité inouïe », selon l’accusation. Parmi lesquelles, des « pseudos et identités d’agents, et l’organigramme de la DGSE ». De quoi porter un préjudice estimé à 5/5 par le service de renseignements extérieurs.</p><h2>« Il a trahi la Nation »</h2><p>Ce trentenaire, aux « capacités cognitives élevées », au « langage formel et technique », selon l’expert psychiatrique, affirme ne pas comprendre ce qu’on lui reproche. Tout ce qu’il voulait en intégrant les services, c’est « servir la France parce que ça avait du sens ». Et d’assurer : « Je n’ai pas le sentiment d’avoir trahi qui que ce soit. » « Je ne suis pas un trafiquant de drogue ou quoi ce soit », a-t-il sorti spontanément aux agents de la DGSI chargés de l’enquête, lors de la perquisition à son domicile. Il risque tout autant - dix ans de prison, rappelle la procureure dans son réquisitoire.</p><p>Camille D. admet avoir collecté ces données, les avoir extraites et sorties des locaux de la DGSE, les avoir transférées sur une clef protégée, puis sur une autre clef qu’il a ensuite détruite, les avoir copiées sur son ordinateur personnel et finalement d’en avoir placées une partie dans la messagerie cryptée suisse <a href="https://www.20minutes.fr/high-tech/3117951-20210907-donnees-personnelles-pourquoi-messagerie-protonmail-livre-adresse-ip-autorites-suisses">Protonmail</a>. Des « coïncidences » qui ne convainquent pas le ministère public. La procureure dénonce plutôt « de graves faits délictuels » commis dans « un mode opératoire ». Elle requiert quatre ans de prison ferme, avec mandat de dépôt, plus de 10.000 euros d’amende, ainsi que l’interdiction d’exercer une fonction publique de manière définitive. « Il a trahi la Nation », argumente-t-elle.</p><h2>Un ingénieur peu méticuleux</h2><p>Autre défense, autre style. Andry A. tente la carte de la négligence. Si à partir de 2021, des centaines de fichiers classés secret défense (226 documents classifiés sur 12.215 retrouvés, en format papier, sur clefs USB ou sur disque dur, parfois de degré de sensibilité maximum (5 sur 5)) sont apparus dans ses affaires personnelles, c’est parce qu’il n’a pas fait exprès de les copier. Parmi ces documents, des contenus du <a href="https://www.20minutes.fr/societe/2504235-20190425-radicalisation-gouvernement-entrouvre-11000-fichiers-chercheurs">fichier FSPRT</a> de radicalisation islamiste et des informations à propos de <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/djihadisme">filières djihadistes</a>, sur lesquelles enquêtait encore la DGSI au moment des faits.</p><p>Il reconnaît seulement la présence de quatre photos de documents sensibles retrouvées dans son téléphone personnel, et l’explique simplement : il était tenu de former un remplaçant dans la semaine et avait déjà rendu son téléphone professionnel. Pour le reste, « il n’a jamais eu la volonté de porter atteinte à quelque secret que ce soit », assure son avocate. Cet ingénieur SIC (systèmes d’information et de communication) supérieur affecté à la DGSI est décrit par son supérieur comme « jovial, affabulateur, réservé ». Un employé qui « ne faisait rien, incapable de réaliser les tâches, qui ne voulait pas travailler » et que les collègues étaient obligés de venir réveiller à cause de ses ronflements.</p><figure><a href="https://www.20minutes.fr/societe/dgsi/">Tous nos articles concernant la DGSI</a></figure><p>Une description qui colle avec le personnage brouillon présent à la cour. Il explique n’avoir « jamais vu » les documents trouvés par les enquêteurs, ne pas comprendre comment ils se sont retrouvés chez lui. « C’est de la négligence professionnelle », répond-il plusieurs fois à la barre. Il évoque aussi une période personnelle très compliquée, rythmée par deux années de souffrance de sa femme, finalement décédée du cancer en 2020.</p><p>Le tribunal a finalement reconnu Andry A. coupable des faits reprochés et l’a condamné à 15 mois de prison avec sursis. Il a dix jours pour faire appel. Concernant Camille D., le délibéré sera rendu le 23 février.</p>
« Négligence » ou trahison ? Quand la DGSE, la DGSI et le secret défense se retrouvent au tribunal
Published 5 hours ago
Source: 20minutes.fr
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