« Cela fait 7 ans que je ne vis plus »… Franck Lambin veut comprendre pourquoi son fils est mort en garde à vue

Published 2 hours ago
Source: 20minutes.fr
« Cela fait 7 ans que je ne vis plus »… Franck Lambin veut comprendre pourquoi son fils est mort en garde à vue
<p><em><strong>Au tribunal correctionnel de Rennes,</strong></em></p><p>C’est un homme amoindri qui se présente à la barre, la démarche chancelante. Un homme fracassé depuis le décès de son fils Allan, 19 ans, dans la nuit du 9 au 10 février 2019 <a href="https://www.20minutes.fr/faits_divers/2670695-20191209-saint-malo-plainte-faux-apres-mort-suspecte-jeune-homme-commissaria">dans une cellule du commissariat de Saint-Malo</a> (Ille-et-Vilaine). « Ma vie s’est terminée cette nuit-là et j’essaie depuis de tenir », raconte dignement Franck Lambin, évoquant sa descente aux enfers. « J’étais à un moment à 67 médicaments par jour mais j’ai diminué un peu car sinon mon corps n’aurait pas pu continuer », assure-t-il.</p><p>Près de sept ans après la mort brutale du jeune homme, quatre policiers qui étaient en poste cette nuit-là <a href="https://www.20minutes.fr/justice/4196286-20260119-sept-ans-apres-mort-allan-lambin-garde-vue-saint-malo-quatre-policiers-banc-accuses">sont jugés depuis ce lundi après-midi</a> devant le tribunal correctionnel de Rennes pour homicide involontaire. « Je ne sais pas pourquoi le procès arrive après autant de temps, lâche d’emblée Franck Lambin, qui arbore un tee-shirt en hommage à son fils sous une chemine blanche. Cela fait sept ans je ne vis plus, sept années de perdues. »</p><h2>Découvert inanimé deux heures plus tard</h2><p>La nuit du drame, le père et le fils avaient passé la soirée ensemble dans un bar PMU <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/dinard">de Dinard</a> où se tenait un tournoi de billard. Après quelques verres, ils avaient ensuite prévu de rejoindre des amis dans un camping où ils avaient loué un mobile-home pour passer la nuit. Mais la voiture conduite par Allan avait fini dans le fossé à quelques mètres de l’entrée. Arrivés sur les lieux de l’accident, les policiers avaient procédé à l’interpellation du jeune homme qui s’était montré, selon les auditions des agents, agressif et violent.</p><p>Placé en garde à vue à 22 heures, Allan Lambin affichait alors un taux d&#x27;alcool d&#x27;environ 2 g par litre de sang (0,89 mg d’alcool par litre d’air expiré). Quarante minutes plus tard, un médecin l’avait rapidement examiné dans sa cellule, jugeant son état compatible avec une garde à vue. Les images de vidéosurveillance montrent alors le jeune homme allongé sur un lit de fortune. Mais à 22h42, on le voit chanceler en allant aux toilettes avant de chuter lourdement au sol juste après, sa tête frappant le lavabo. C’est dans cette même position qu’il sera retrouvé près de deux heures plus tard par le même médecin, surpris de ne voir que les jambes du jeune homme qui dépassent des toilettes. Après des tentatives pour le réanimer, Allan Lambin est déclaré décédé à 1h10.</p><h2>Un défaut de surveillance déjà sanctionné par l’IGPN</h2><p>Placé en garde à vue dans une cellule voisine un peu plus d’une heure après son fils, Franck Lambin n’apprendra le décès que le lendemain matin de la bouche de la procureure. « J’ai crié en arrivant dans la salle de fouilles pour prendre de ses nouvelles mais il ne répondait pas », raconte-t-il. Endeuillé, le père de famille veut désormais savoir pourquoi son fils est mort en garde à vue ? Et pourquoi aucun policier ne lui a porté secours pendant les presque deux heures où Allan est resté inanimé au sol dans sa cellule ?</p><figure><iframe title="L'IGPN c'est quoi ?" width="100%" height="100%" src="https://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01357940/zone/1/src/qrmspuq/showtitle/1/" frameborder="0" scrolling="no" marginwidth="0" marginheight="0" hspace="0" vspace="0" webkitallowfullscreen="true" mozallowfullscreen="true" allowfullscreen="true" allow="autoplay" referrerpolicy="no-referrer-when-downgrade"></iframe></figure><p>Ce défaut de surveillance a d’ailleurs été relevé dans une enquête administrative <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/igpn">de l’IGPN</a> qui a sanctionné très légèrement les quatre policiers qui se trouvent désormais sur le banc des accusés. Alors qu’un règlement impose que les policiers passent tous les quarts d’heure pour vérifier l’état de santé des gardés à vue, aucune ronde physique n’a été effectuée ce soir-là. Une note de service du commissariat de Saint-Malo datant de 2015 indiquait même que cette surveillance devait être renforcée pour les personnes alcoolisées. « Mais pour moi, il ne paraissait pas si alcoolisé que ça, je l’ai vu s’allonger et je pensais qu’il s’était endormi », témoigne le premier fonctionnaire appelé à la barre.</p><h2>Des policiers débordés par d’autres tâches</h2><p>Désormais à la retraite, c’est lui qui a rempli en premier la fiche de surveillance de garde à vue, se contentant d’écrire « RAS » à 22h, 22h15, 22h30 après un rapide coup d’œil sur l’écran. Idem à 22h45 alors que le médecin ayant examiné Allan était pourtant passé dans la cellule. « J’ai dû écrire ça avant qu’il arrive », confie-t-il, expliquant qu’il était ensuite occupé à d’autres tâches, dont la rédaction de deux mains courantes. Sa cheffe de poste avait qui il faisait binôme avait ensuite pris le relais à 23 heures, écrivant sur la fiche que le médecin était passé et que le gardé à vue était « allongé » dans son lit. Alors même que le jeune homme gisait au sol depuis plus d’un quart d’heure.</p><p>Pressé de questions par la présidente, la brigadier-chef assure avoir contrôlé l’écran de surveillance avant de mettre à jour la fiche mais sans se déplacer physiquement, comme son collègue. « Je devais aussi gérer une femme qui faisait une crise d’épilepsie, indique-t-elle. Quand on est tous les deux occupés, on essaie de faire au mieux. » Des réponses évasives qui interpellent le procureur. « On a l’impression que rien n’est défini dans le service, que chacun fait ce qu’il veut en fonction de l’urgence et sans aucune concertation », tacle-t-il. « Chacun a joué son rôle », lui répond la policière. Les deux policiers qui avaient pris la relève de la surveillance des gardes à vue doivent être entendus ce mardi. Le procès doit se tenir jusqu’à mercredi midi.</p>