Après le Dry January, le Mind January : une invitation à reprendre la main sur son cerveau

Published 6 hours ago
Source: 20minutes.fr
Après le Dry January, le Mind January : une invitation à reprendre la main sur son cerveau
<p>En janvier, on se promet d’<a href="https://www.20minutes.fr/societe/dry-january/">arrêter de boire de l’acool</a>, de mieux dormir et de reprendre le sport. On parle de discipline corporelle et on imagine tenir <a href="https://www.20minutes.fr/tempo/bien-etre/4186305-20251228-bonnes-resolutions-comment-relativiser-quand-pense-avoir-rate-annee">nos résolutions</a> le plus longtemps possible. On oublie malheureusement ceux qui travaillent pourtant sans pause : <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/cerveau">le cerveau</a>.</p><p>À l’heure où <a href="https://www.20minutes.fr/20-mint/chatgpt/">ChatGPT</a> devient un assistant personnel qui fournit des réponses structurées et claires en quelques secondes, que devient notre pensée ? Car à mesure que l’<a href="https://www.20minutes.fr/dossier/intelligence_artificielle">intelligence artificielle</a> conversationnelle s’impose dans nos usages quotidiens, une inquiétude émerge : que se passe-t-il quand on délègue l’effort intellectuel ?</p><figure><iframe title="Dry January, on continue ?" width="100%" height="100%" src="https://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01357940/zone/1/src/xkuvmz5/showtitle/1/" frameborder="0" scrolling="no" marginwidth="0" marginheight="0" hspace="0" vspace="0" webkitallowfullscreen="true" mozallowfullscreen="true" allowfullscreen="true" allow="autoplay" referrerpolicy="no-referrer-when-downgrade"></iframe></figure><p>« En utilisant ces outils, on diminue progressivement les capacités de son cerveau », alerte Emmanuel Bigand, neuroscientifique, chercheur au CNRS et président de la <a href="https://fondationmusiquecerveau.fr">fondation « Musique, Cerveau, Société »</a>. « L’intelligence artificielle n’est rien d’autre que le reflet de nos propres capacités cognitives. Si l’on cesse d’avancer, elle finira par s’épuiser elle aussi ». Et si, dans ce contexte, le véritable enjeu de ce début d’année n’était pas une énième résolution, mais un changement de posture : réinvestir le plaisir d’apprendre ?</p><h2>ChatGPT, un confort cognitif… pas sans conséquence</h2><p>Pour notre usage personnel ou celui de nos proches, ChatGPT est devenu un véritable cerveau à tout faire. Selon le <a href="https://wearesocial.com/fr/blog/2025/10/digital-2026/">Digital Report France 2026</a> de We Are Social et Meltwater, un Français sur quatre utilise l’outil chaque mois. Le service figure désormais parmi les sites les plus visités de l’Hexagone et domine largement les conversations liées à l’IA.</p><p>Mais derrière ce succès, des signaux faibles inquiètent. Une récente <a href="https://arxiv.org/pdf/2506.08872">étude du MIT Media Lab</a> évoque une possible « dette cognitive » liée à l’usage intensif des grands modèles de langage dans des tâches d’écriture. Les chercheurs ont observé que les participants assistés par l’IA présentaient une activité cérébrale plus faible que ceux qui travaillaient sans aide, et qu’ils retenaient moins bien leur propre production.</p><p>Un constat confirmé par Emmanuel Bigand : « Quand vous déléguez systématiquement l’effort intellectuel, vous perdez des connexions cérébrales. Le cerveau fonctionne selon un principe simple : ce que vous n’utilisez pas, il le désorganise, puis l’abandonne. C’est ce qu’on appelle la plasticité cérébrale ». À l’inverse, stimuler activement son cerveau renforce les connexions synaptiques, améliore la vitesse de traitement et augmente les ressources cognitives : « Le cerveau est un organe vivant. Il ne demande qu’une chose : être sollicité. »</p><h2>Le <em>Mind January</em>, sans injonction ni fausse promesse</h2><p>Attention toutefois à ne pas transformer le <em>Mind January</em> en une énième résolution vouée à l’échec. Selon Emmanuel Bigand, le problème des résolutions ne réside pas dans leur contenu, mais dans leur logique. « Faire des choses &quot;pour faire bien&quot;, sans motivation profonde, ne fonctionne pas. Le cerveau a besoin de sens. Si vous vous forcez à apprendre ou à faire des exercices uniquement parce que c’est censé être bon pour vous, vous abandonnez au bout de trois semaines. »</p><p>C’est toute la différence entre une résolution et une envie réelle. « Nourrir son cerveau plutôt que de le soulager. Le cerveau n’est pas un muscle que l’on peut entraîner mécaniquement. Il fonctionne avec l’émotion, la motivation et le désir. Sans cela, il n’apprend pas de manière durable. »</p><h2>Mais alors, comment s’y mettre ?</h2><p>Et pourquoi pas <a href="https://www.20minutes.fr/tempo/4192241-20260101-apprendre-nouvelle-langue-vraie-bonne-resolution-condition-tenir">apprendre une nouvelle langue </a>? « L’apprentissage linguistique sollicite simultanément la mémoire, la concentration, les fonctions exécutives et la capacité de reconnaissance des schémas », explique Sophie Vignoles, linguiste et cheffe de la production de contenu d’apprentissage chez Babbel. « Après une période de sur stimulation pendant les fêtes, beaucoup de personnes cherchent une activité plus structurée et plus concentrée. L’apprentissage linguistique répond très bien à ce besoin de recentrage mental. »</p><p>Et on vous voit déjà venir nous dire que vous n’avez pas le temps. Mais pour Sophie Vignoles, 10 minutes par jour suffisent : « Ce qui compte, ce n’est pas la durée chaque jour, mais la régularité. Le cerveau a besoin de pauses pour consolider la mémoire. Des sessions quotidiennes courtes sont bien plus efficaces que de longues séances occasionnelles. »</p><p>Un point de vue que partage Emmanuel Bigand. Apprendre, oui, mais pas par obligation : « Le cerveau n’apprend durablement que s’il y trouve du sens. Il ne s’agit pas de se forcer, mais de s’engager dans une activité qui répond à une envie réelle, connectée à un projet, à un plaisir, à une perspective personnelle ». Pour cela, Sophie Vignoles n’hésite pas à rappeler : « Il y a une part très importante d’intentionnalité dans l’apprentissage d’une langue. Les personnes apprennent souvent en lien avec un projet personnel : un voyage, une envie de communiquer, une culture qui les attire. Cette dimension émotionnelle est clé, parce que l’émotion et la mémoire sont complètement liées. »</p><h2>Moins déléguer, mieux penser</h2><p>« Comprendre une phrase, reconnaître un mot dans une chanson ou réussir à formuler une idée simple dans une autre langue : ce sont ces petites victoires qui entretiennent la motivation et donnent envie de continuer », témoigne Sophie Vignoles. « Elles rendent l’apprentissage concret et mesurable, et renforcent la confiance en soi, étape après étape. »</p><p>Mais, comme le rappelle Emmanuel Bigand, sans motivation réelle, on reste dans le conditionnement, pas dans l’apprentissage durable. C’est là que se joue également le rapport à l’intelligence artificielle. L’enjeu n’est pas de bannir ChatGPT, mais de retrouver des moments pour soi et pour sa pensée. « Le pire danger pour notre cerveau, c’est la rigidité cognitive », insiste-t-il. « Rester enfermé dans des routines ou laisser une prothèse penser à notre place », explique-t-il.</p><figure> </figure><p>Le Mind January n’est donc ni une résolution, ni un défi à tenir trente jours. C’est avant tout une invitation à redevenir acteur de sa pensée. Pas pour faire plus, mais pour penser mieux.</p>