<p>L’insécurité, réelle ou ressentie, a donc eu raison du siège marseillais d’<a href="https://www.20minutes.fr/dossier/orange">Orange</a>, situé au métro National, dans le quartier de Saint-Mauront. <a href="https://www.20minutes.fr/faits_divers/faits-divers-marseille/4194434-20260105-marseille-impacts-balles-site-orange-saint-mauront-deja-ferme-debut-decembre">Après deux fermetures temporaires de quinze jours</a> encadrant la période des fêtes de fin d’année, le site ne rouvrira pas ses portes à l’ensemble de ses salariés, qui sont un millier à y être rattachés depuis la fermeture des autres bureaux de la ville, dans le cadre d’une politique de regroupement des effectifs sur un site unique conclue en 2022.</p><p>« Je suis bien contente de ne pas avoir à y retourner », dit à <em>20 Minutes </em>Mireille*, chez Orange depuis 1991. « J’allais au travail la peur au ventre », poursuit celle qui décrit une <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/insecurite">insécurité</a>, faite « d’attroupements », de « regards méchants et pas rassurants » de jeunes zonards.</p><h2>« L’impression de se retrouver dans “Bac Nord” »</h2><p>Une ambiance qui, selon elle, s’est dégradée ces derniers mois. « Tant que c’étaient des petits vendeurs de cigarettes, ça restait bon enfant. Là, on se retrouve parfois à faire des sourires pour passer au milieu d’un groupe de jeunes alors qu’on n’en a pas envie », poursuit celle qui a « L’impression de se retrouver dans “Bac Nord” », rediffusé ce dimanche soir à la télé.</p><p>Certes, le quartier populaire de Saint-Mauront, <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/quartiers_nord">au nord de la ville</a>, n’est pas le plus « instagrammable » de <a href="https://www.20minutes.fr/marseille/">Marseille</a> et tranche avec l’ambiance pause déjeuner sur le Vieux-Port, que Mireille a pu connaître lorsqu’elle était encore sur le site de Colbert. Ici, les snacks côtoient les garagistes du boulevard National. Les magasins y sont bon marché, comme dans tout le 3e arrondissement, <a href="https://www.20minutes.fr/economie/3345043-20220902-inflation-quartier-plus-pauvre-france-compte-toujours-fait-comme-ca">dit le plus pauvre de France</a> et où un peu plus de 50 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.</p><p>Un terrain propice au fleurissement des <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/trafic_de_drogue">trafics </a>qui s’inscrivent sur les murs de la cité voisine Félix-Pyat et débordent sur le quartier à renfort de tags indiquant la direction du « charbon » local, jusque sur les grilles d’enceintes du siège d’Orange. Ce lundi midi, le point deal de la copropriété du Parc Bellevue, <a href="https://www.20minutes.fr/faits_divers/faits-divers-marseille/4134754-20250121-drogue-marseille-apres-bain-sang-2023-voici-bilan-annee-2024#:~:text=Des%20161%20points%20de%20deal,84%20restaient%20actifs%20fin%202024.">comme il en existe encore près de 100 à Marseille</a>, ne semble pas déborder d’activité.</p><h2>Les sous-traitants trinquent les premiers</h2><p>Une grille de chantier gît au sol avec trois poubelles au pied d’une impasse située sous un immeuble décoré d’une fresque figurant un pissenlit et un tournesol. Les patrouilles de police sont régulières et en voilà une qui contrôle devant l’entrée des bureaux un jeune qui circulait en scooter sans casque.</p><p>Deux agents de sécurité sont en poste et filtrent les entrées chez Orange. Les rares salariés aperçus indiquent préférer ne pas commenter la situation. Une dame du restaurant d’entreprise se présente pour récupérer quelques affaires laissées dans un casier. Il va lui falloir revenir, le protocole sécurité étant drastique : « Je vous donne le numéro du responsable de la cafétéria. Vous lui demandez d’appeler le PC sécurité et de prendre rendez-vous », lui explique un agent de sécurité.</p><p>« On faisait jusqu’à 400 repas par jour », regrette cette femme que l’employeur à « recaser » ailleurs, à Luminy, tout au sud de la ville. « C’est à l’opposé d’ici et je n’habite pas loin. Du coup, je fais deux heures de transport par jour. A la fin, c’est nous, les sous-traitants, qui sommes pénalisés », souligne la quinquagénaire qui s’est trouvée « surprise » et ne « comprend pas complètement cette fermeture. D’habitude, c’est assez tranquille ici, mais ce qu’il s’est passé fait peur ».</p><h2>Quel avenir pour les salariés ?</h2><p>Le 7 janvier, au retour des vacances de Noël, une dizaine d’impacts de balles ont été découverts sur des façades et dans des salles de réunion du bâtiment. La goutte de trop, <a href="https://www.20minutes.fr/societe/4188474-20251128-marseille-narcotrafic-met-salaries-etat-siege-orange-ferme-temporairement-site">après des bagarres de rue et un épisode de panique</a> où des tirs d’arme à feu auraient été entendus en journée, fin octobre, conduisant au confinement des employés. Une « fusillade » dont la police n’a toutefois pas trouvé trace malgré l’enquête de terrain et les vidéosurveillances.</p><p>Une aubaine aussi, notamment pour le syndicat majoritaire CFE-CGC qui réclame de longue date un départ de ce site des employés de bureau et qui vient d’obtenir gain de cause disant « son soulagement » et sa « satisfaction ». Mais quel avenir pour les salariés ? « Dans l’immédiat, il y a environ 150 places de disponibles dans des bureaux de coworking d’Orange, avenue du Prado, à Aix et à Aubagne. Ensuite à moyen terme, on va pousser pour la réouverture de deux autres sites, dont au moins un dans le sud de la Marseille », explique Nadège Poët, déléguée CFE-CGC.</p><p>Quelques employés demeureront toutefois à Saint-Mauront, à la fois base de départ en intervention pour les techniciens d’Orange et site où se trouvent aussi des infrastructures télécoms qui nécessitent des maintenances sur place. « Quoique la plupart sont déjà délocalisés à l’étranger, on pourrait occuper ces bureaux avec un call-center de service client pour faire de l’emploi local », envisage la syndicaliste.</p><p>Au Bar O Central resté dans son jus des années 1970, la nouvelle du déménagement prochain d’Orange annoncé n’a pas fait sensation, pas plus que le sentiment d’insécurité. « Moi je suis né ici, on a l’habitude », commente sobrement le patron qui ne voyait de toute façon pas beaucoup d’employés d’Orange venir dans son établissement. « Hormis parfois le matin, les ouvriers qui y font des travaux. »</p><h2>« Enfin, c’est compliqué »</h2><p>« Il nous restait plus que ça pour se mélanger un peu », regrette pour sa part Stanley, un agent de nettoyage né ici dans les années 1970 et parti vivre il y a vingt ans un gros kilomètre plus loin, vers les Cinq-Avenues, « où c’est plus tranquille. Saint-Mauront, ça a toujours été un quartier chaud, et ça l’était même plus avant. Mais la violence était différente », juge-t-il, ponctuant chacune de ses phrases par « Enfin, c’est compliqué ».</p><p>« La première erreur a été la politique de regroupement sur un site unique », rembobine Olivier Neri, délégué CGT, qui travaille depuis trente ans à Saint-Mauront, « sans jamais avoir eu de problème. La seconde a été la première fermeture temporaire consécutive à une bagarre de rue car tu es obligé de répondre encore plus fort après les coups de feu », estime le syndicaliste pour qui le site de Saint-Mauront, crée en 1974, est emblématique de la responsabilité sociale des entreprises. « Mais on a des syndicats qui poussent leur agenda en instrumentalisant l’insécurité et le narcotrafic, et stigmatisent les quartiers populaires », considère Oliver Neri.</p><figure><a href="https://www.20minutes.fr/marseille/">Tous nos articles sur Marseille</a></figure><p>Une analyse qui n’est pas si éloignée de celle des autorités. Au moment de la première fermeture en décembre, une des têtes policières de la ville avait soufflé dans les couloirs où venait la presse, qu’on « venait d’assister à la première instrumentalisation syndicale du narcotrafic ». Cela alors <a href="https://www.20minutes.fr/faits_divers/faits-divers-marseille/4186428-20251118-obseques-mehdi-kessaci-choquee-apeuree-marseille-essuie-larmes-sous-haute-surveillance">que la ville se relevait à peine du choc de l’assassinat de Mehdi Kessaci</a>.</p><p>Pour autant, la préfecture de police a pris immédiatement très au sérieux les inquiétudes des salariés, multipliant les patrouilles et instaurant une garde statique aux heures d’entrée et de sortie du site, « en relation quasi quotidienne avec la direction régionale d’Orange, située à Lyon, et ce matin encore ».</p><p>Nécessairement, il va falloir un peu de temps à la direction d’Orange pour se réorganiser et trouver un ou deux autres espaces de bureaux, sauf improbable retournement situation : « Quelle que soit la décision d’Orange à l’égard du site, cette dernière lui appartenant, la police s’adaptera avec les ressources et dispositifs nécessaires et avec pour seul objectif la sécurité des agents », indique la préfecture, qui conclut : au sujet des tirs sur la façade : « La plainte a été traitée, l’enquête avance et ne devrait pas tarder à aboutir. »</p>
Marseille : « Bien contente de ne plus y aller »… Orange déménage ses salariés sur fond d’insécurité liée au narcotrafic
Published 4 hours ago
Source: 20minutes.fr
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