La disparition de la famille Méchinaud, plus vieux cold case français, reste un véritable mystère

Published 2 days ago
Source: 20minutes.fr
La disparition de la famille Méchinaud, plus vieux cold case français, reste un véritable mystère
<p>Le mystère de la <a href="https://www.20minutes.fr/faits_divers/4065449-20231220-disparition-famille-mechinaud-soir-noel-1972-crime-parfait">disparition de la famille Méchinaud, le soir de Noël 1972</a>, sera-t-il un jour éclairci ? Dans ce <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/cold_case">cold case</a> – le plus ancien qu’ait à traiter le pôle spécialisé de Nanterre – aucun élément matériel n’a jamais été découvert. Aucune piste n’a jamais abouti. La famille – Jacques, le père, un électromécanicien de 31 ans, Pierrette, la mère, femme au foyer de 29 ans, et leurs deux fils, Eric et Bruno, 7 et 4 ans – semble s’être volatilisée en <a href="https://www.20minutes.fr/societe/charente/">Charente</a>, en rentrant de la soirée du réveillon. La justice n’a pourtant pas dit son dernier mot : la juge d’instruction Fabienne Bernard qui a repris le dossier en mars 2025 <a href="https://www.20minutes.fr/faits_divers/4195097-20260108-charente-fouilles-relancees-retrouver-famille-mechinaud-disparue-depuis-1972">s’apprête à diligenter de nouvelles fouilles</a>, a appris <em>20 Minutes</em> de sources concordantes, confirmant une information d’<em><a href="https://www.ouest-france.fr/faits-divers/meurtres/info-ouest-france-disparition-de-la-famille-mechinaud-a-noel-1972-de-nouvelles-fouilles-se-preparent-7add108e-ec66-11f0-bb7c-fe9a962cb15d">Ouest France</a></em>.</p><p>« En relisant le dossier, il est apparu que certains lieux qui n’ont pas encore été fouillés nécessitent de l’être, précise Me Marine Allali, l’avocate de la sœur de Pierrette. Puisqu’il n’y a pas d’éléments matériels, il faut tenter d’en trouver. La voiture de la famille et éventuellement les corps sont forcément quelque part. » Malgré d’importantes recherches, la Simca 1.100 Grenat des Méchinaud est restée introuvable. Peut-on disparaître du jour au lendemain sans laisser la moindre trace ? C’est bien la question que pose ce dossier hors du commun.</p><h2>Volatilisé sur la route du retour</h2><p>Retour à Noël 1972. La famille Méchinaud a passé le réveillon à Cognac, chez des amis. La soirée s’est passée « le plus normalement du monde », assurent leurs hôtes. Vers 1 heure du matin, Jacques, Pierrette et leurs deux fils se mettent en route. Ils habitent à Boutiers-Saint-Trojan, à 3,7 km. Ils n’arriveront jamais chez eux. Le 6 janvier, le père de Pierrette, inquiet de ne pas avoir de nouvelles, alerte les gendarmes. A l’intérieur de la maison, le temps s’est figé. Les cadeaux des enfants sont au pied du sapin. Dans le réfrigérateur, une dinde et des huîtres sont en état de décomposition.</p><p>La piste accidentelle est envisagée, d’autant qu’une partie du chemin longe le fleuve de la Charente. Un hélicoptère survole la zone, les eaux sont sondées. Aucune trace de la voiture. Le profil du couple est également passé au crible. Les enquêteurs découvrent que Pierrette avait un amant : Maurice B., le fils de leur voisin. Ce dernier reconnaît sans mal et précise surtout que Jacques Méchinaud l’avait découvert récemment. Le mari trompé a-t-il voulu se venger ? Les amis chez qui ils ont passé la soirée ont affirmé n’avoir pas senti de tension au sein du couple mais la piste n’a jamais été refermée.</p><p>Selon le parquet, aucune piste n’est aujourd’hui privilégiée. Certaines ont toutefois été écartées. A commencer par celle soutenue par Maurice B. depuis cinquante ans : la famille est partie refaire sa vie en Australie. La piste a été vérifiée mais les papiers d’identité de la famille ont été retrouvés chez eux et leurs comptes banque n’ont jamais bougé. « C’est une hypothèse qui a rapidement été considérée comme peu vraisemblable, on ne disparaît pas sans laisser la moindre trace », insiste Me Marine Allali.</p><h2>L’opération Bruneri 47</h2><p>Faute d’indices, l’enquête est classée l’année suivante. Il faudra attendre 2001 et l’arrivée de l’adjudant-chef Stéphane Chalumeau à la brigade de Cognac pour que les investigations reprennent. « Quand je suis arrivé, il y avait une caisse avec plusieurs dossiers non résolus. Celui-ci faisait une dizaine de pages », se remémore auprès de <em>20 Minutes</em> l’ancien gendarme. Pendant dix ans, il se replonge dans le dossier, note des incohérences, des hypothèses à vérifier. En 2011, il se rapproche du parquet qui rouvre officiellement l’enquête. Une vaste opération de fouilles – surnommée Bruneri 47, en référence aux prénoms et à l’âge des enfants – est alors engagée.</p><p>D’importants moyens sont déployés. La Charente est à nouveau draguée, mais bien plus largement que la première fois. En 2013, une Simca grenat est repêchée mais ni la plaque ni le numéro de série ne correspondent. Plusieurs cavités et carrières sont explorées. Des fouilles ont lieu en forêt, dans le port de La Rochelle. Rien ne s’avère concluant. En 2020, un courrier anonyme relance l’enquête. Le corbeau vise Maurice B., l’ancien amant de Pierrette, qui vit toujours dans le village. Sa maison est perquisitionnée, le terrain retourné. Rien ne permet de l’impliquer.</p><h2>Pôle cold case</h2><p>« Nous avons fait tout ce que nous pouvions mais s’il y a de nouvelles fouilles, cela veut dire que l’enquête se poursuit », se félicite Stéphane Chalumeau qui n’a jamais cessé de croire que l’enquête pourrait un jour être résolue. En 2023, elle a atterri dans le périmètre du <a href="https://www.20minutes.fr/justice/4078853-20240229-apres-deux-annees-existence-bilan-pole-cold-cases-nanterre">pôle cold case de Nanterre</a>.</p><p>Mais le temps qui passe joue contre cette affaire hors norme. Certains témoins sont décédés, les lieux ont évolué. Lorsque des auditions sont possibles, les souvenirs sont parfois imprécis ou fuyants. « C’est sûr que le temps n’aide pas mais des renseignements peuvent parfois transpirer des années plus tard. Des gens qui souhaitent soulager leur conscience, cela arrive », insiste le gendarme. De même, un nouvel œil sur le dossier permet parfois de dégager de nouvelles hypothèses de travail.</p>