<p>N’a-t-on rien retenu de l’affaire des <a href="https://www.20minutes.fr/societe/4178881-20251013-affaire-viols-mazan-bugue-policier-tout-revele-gisele-pelicot-temoigne">viols de Gisèle Pelicot</a> ? C’est la question que l’on peut se poser après la publication de l’enquête du journaliste Hugo Meunier et de la réalisatrice Cloé Giroux pour le média canadien <a href="https://savoir.media/details/387155">Urbania</a>. 70.000 hommes qui s’échangent des conseils de <a href="https://www.20minutes.fr/societe/4194410-20260107-soumission-chimique-avancee-majeure-victimes-cinq-questions-remboursement-prelevements">soumission chimique</a> sur <a href="https://www.20minutes.fr/faits_divers/4130918-20241226-affaire-pelicot-70-000-hommes-echangeaient-conseils-droguer-violer-femmes-groupe-telegram">Telegram en Allemagne</a>, un homme jugé pour avoir fait violer sa femme endormie par cinq individus au <a href="https://www.20minutes.fr/monde/4192891-20251222-royaume-uni-britannique-inculpe-viols-sous-soumission-chimique-ex-epouse">Royaume-Uni</a>… Ces faits divers ne manquent pas et sont aujourd'hui visibilisés.</p><p>Un an après l’onde de choc du procès Pelicot, Hugo Meunier a souhaité « questionner l’effet Mazan sur la mentalité des hommes » en postant en juillet dernier, une fausse annonce sur JALF, une plateforme en ligne dédiée aux fantasmes libertins: « J’ai un fantasme assez précis… Viens baiser ma femme endormie. Chut, elle ne doit pas se réveiller ;) ». </p><h2>Les mêmes directives que Dominique Pelicot</h2><p>Dans sa publication, le journaliste ne mentionne pas le mot viol mais joue sur la notion de fantasme. « J’ai écrit sensiblement la même chose que <a href="https://www.20minutes.fr/faits_divers/dominique-pelicot/">Dominique Pelicot</a> », explique-t-il. Seule différence, la photo de la femme en question est générée par <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/intelligence_artificielle">intelligence artificielle</a>. « J’ai fait en sorte que ce soit assez gros, que les hommes se disent "c’est ridicule, c’est exactement ce qu’il vient de se produire en France", développe le Québécois. Avec naïveté, je pensais que le procès avait eu un effet dissuasif, mais ce n’est pas le cas ».</p><p>En dix minutes, Hugo Meunier reçoit cinq réponses d’hommes prêts à avoir des <a href="https://www.20minutes.fr/justice/4191307-20251213-indre-loire-onze-ans-prison-avoir-drogue-viole-femme-pendant-5-ans">relations sexuelles avec sa femme endormie</a>. Cent cinq se diront intéressés dans les 48 heures. Les intentions sont claires : « J’arrive, c’est quoi l’adresse ? », « J’aime bien l’idée de la baiser endormie », « Si elle se réveille on fait quoi hahaha ? » Face à l’ampleur des demandes, il décide d’aller plus loin dans la comparaison avec les viols de Mazan et ordonne aux profils les mêmes directives que Dominique Pelicot : ne pas fumer avant l’acte, ne pas porter de parfum, se laver les mains. Rien ne semble alerter les avatars.</p><p>Sur 105 demandes, seuls trois profils mentionnent mollement la notion de consentement. Deux font brièvement référence à « ce procès dont ils ont entendu parler au Royaume-Uni et dont ils écorchent le nom ». Le journaliste cerne des profils hétéroclites. Certains « semblent sortir du lycée », d’autres sont âgés, beaucoup veulent « passer après le boulot », « j’avais <a href="https://www.20minutes.fr/justice/4108705-20240908-proces-pelicot-pompier-militaire-pere-famille-vertigineuse-banalite-accuses">le même échantillonnage</a> qu’à Mazan ».</p><h2>La culture du viol, un fléau international</h2><p>Au Québec, le procès des agresseurs de Gisèle Pelicot a pourtant « été suivi de la même manière » qu’en France stipule Hugo Meunier. Pourtant sur la plateforme JALF, très peu semblent avoir eu vent de cette affaire. Si « la culture du viol est souvent dénoncée en France comme au <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/canada">Canada</a>, j’en viens à la conclusion que la sensibilisation sur le sujet du consentement et de la soumission chimique touche essentiellement des personnes déjà sensibilisées », déplore le Québécois.</p><p>Pendant deux semaines, Hugo Meunier entretient des conversations avec des profils aux pseudos graveleux. Sa femme ne sera pas consciente, il ne leur cache pas, mais ce n’est pas un problème. « Il n’était jamais question du plaisir de ma femme ou de son accord », s’étonne le journaliste, « j’avais l’impression de négocier la transaction de ma voiture. » Rien d’étonnant pour Arnaud Gallais, porte-parole de l’association M’endors pas, fondée par <a href="https://www.20minutes.fr/faits_divers/4195425-20260111-affaire-pelicot-caroline-darian-estime-systeme-incestueux-pere-juge">Caroline Darian</a>, fille de Gisèle Pelicot. « La soumission chimique est un outil de violence et la violence un outil de domination masculine. » Ici, tout comme dans l’affaire Pelicot, il n’est question que du consentement du mari.</p><h2>L’arbre qui cache la forêt</h2><p>Banni du site de rencontres libertines deux semaines après la publication de son annonce, Hugo Meunier met en évidence une conclusion déjà bien établie par les féministes : les hommes violent car ils en ont la possibilité. « On a l’impression dans chaque affaire, de parler de quelque chose de nouveau » soupire Arnaud Gallais. L’anthropologue pointe une société qui « cultive le déni » et dénonce un manque de <a href="https://www.20minutes.fr/societe/4170333-20250830-pedocriminalite-an-apres-fermeture-coco-site-bounty-viseur-autorites">responsabilité des plateformes</a>, une justice qui ne punit pas (ou trop peu) les agresseurs et un manque de campagne de sensibilisation dans l’espace publique.</p><figure><a href="https://www.20minutes.fr/societe/soumission-chimique/">Notre dossier sur la soumission chimique</a></figure><p>En France, la notion de non-consentement est intégrée à la définition pénale du viol depuis novembre 2025. C’est bien plus tard qu’au Canada, où cette notion est effective depuis 1983. « Je pensais qu’au Canada, nous étions un peu plus progressistes », estime Hugo Meunier. Son enquête donne raison aux propos tenus par Caroline Darian à l’issue du procès de son géniteur : l’affaire de Mazan, c’est l’arbre qui cache la forêt.</p>
« J’avais l’impression de négocier la transaction de ma voiture »… 105 hommes prêts à coucher avec une femme endormie
Published 2 hours ago
Source: 20minutes.fr
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