Accidents de trains en Espagne : « Le réseau ferré espagnol n’est pas connu pour avoir une fragilité particulière »

Published 2 hours ago
Source: 20minutes.fr
Accidents de trains en Espagne : « Le réseau ferré espagnol n’est pas connu pour avoir une fragilité particulière »
<p>La (dramatique) loi des séries. Mardi soir, un nouvel <a href="https://www.20minutes.fr/monde/espagne/4197136-20260120-espagne-train-heurte-mur-effondre-voies-fait-plusieurs-blesses-catalogne">accident ferroviaire</a> a fait un mort et cinq blessés graves en <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/espagne">Espagne</a>, deux jours après la <a href="https://www.20minutes.fr/diaporama/diaporama-4196813-images-terrible-accident-trains-fait-moins-39-morts-espagne">catastrophe d’Adamuz</a>, en Andalousie, où au moins 42 personnes ont péri et plus de 120 ont été blessées.</p><p>Un train de banlieue à destination de <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/barcelone">Barcelone</a> a heurté mardi les débris d’un mur de soutènement qui s’était effondré sur la voie près de Gelida, à une quarantaine de kilomètres de la capitale catalane. Le gestionnaire du <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/rail">réseau ferroviaire</a> national Adif a indiqué que l’effondrement avait été provoqué par une tempête et les pluies qui s’abattent sur une grande partie de la région.</p><figure><img src="https://img.20mn.fr/299uNVRuTSClWw-rJSrgAyk/960x0_media.jpg" alt="[object Object]"></figure><h2>« Les murs de soutènement sont faits pour résister même à des pluies torrentielles »</h2><p>Contacté par <em>20 Minutes</em>, Arnaud Aymé, expert du secteur des transports chez Sia Partners, insiste :</p><blockquote>Les deux accidents n’ont rien à voir entre eux. On est sur un malheureux hasard.</blockquote><p>Sur le nouveau drame survenu mardi, le spécialiste explique que c’est donc un mur de soutènement, qui retient des pierres, de la terre, dans le but de créer un dénivelé, qui s’est effondré. « A ce moment, non seulement le mur s’écroule, mais aussi tous les matériaux qui étaient retenus, déroule-t-il. C’est cela qui a obstrué la voie et engendré un choc avec le train. Cela dit, j’ai du mal à croire que ce soit la pluie qui engendre ce genre d’accident. Les murs de soutènement sont faits pour résister même à des pluies torrentielles, via des systèmes de drainage qui évacuent l’eau de l’autre côté du mur, sinon elle représenterait une charge supplémentaire sur le mur, tout en rendant les matériaux derrière plus fluides. »</p><p>Qu’a-t-il pu se passer, dès lors ? « On va regarder s’il y avait bien un système de drainage, s’il était bien entretenu, et à qui ce mur appartient… Ce n’est pas forcément le gestionnaire de l’infrastructure qui en est le propriétaire, cela peut être la municipalité. Cela dit, il faudra dans tous les cas que le gestionnaire de la voie ferrée montre qu’il a régulièrement inspecté cet ouvrage lui permettant de s’assurer qu’il n’y avait rien de suspect. »</p><p>Reste à savoir si cet éboulement aurait pu être détecté en amont. « Il n’existe pas de dispositif qui mesure en continu la présence d’objets sur la voie, explique l’expert. Il y a bien évidemment des inspections régulières de la voie et des ouvrages d’art, dont certains sont équipés de capteurs, mais on ne peut pas tout surveiller, tout le temps. Le réseau espagnol est extrêmement long, tout comme le réseau français qui compte 30.000 km de voie. »</p><h2>La rupture d’un rail en cause dans l’accident de dimanche ?</h2><p>Ce nouvel accident survient alors que l’Espagne pleure ses morts après la catastrophe survenue dimanche près de Cordoue, et dont le bilan n’est toujours pas définitif. Les trois dernières voitures d’un train allant vers Madrid de l’opérateur privé Iryo - un groupe privé filial à 51 % du groupe public italien Ferrovie dello Stato (Trenitalia) - avaient déraillé et s’étaient déportées sur la voie d’à côté. Un train de la Renfe, la compagnie nationale espagnole, qui arrivait au même moment dans l’autre sens en direction de Huelva (sud), avait alors heurté de plein fouet ces voitures. Les deux trains à grande vitesse, qui roulaient à plus de 200 km/h au moment de la collision, transportaient au total plus de 500 passagers.</p><p>Selon les médias espagnols, <a href="https://www.20minutes.fr/monde/espagne/4196923-20260119-accident-trains-espagne-collision-extremement-etrange-comment-va-derouler-enquete">l’enquête s’intéresse</a> à une rupture du rail de plus de 30 cm de long à l’endroit de l’accident. Citant « des techniciens » ayant eu accès à l’enquête, le quotidien <em>El Mundo</em> estime ainsi que cette rupture serait le résultat d&#x27; « une mauvaise soudure ou d’une soudure qui s’est détériorée en raison de la circulation [des trains] ou du climat » et y voit « une cause plus que probable » du déraillement d’un des deux trains. « Il faut toutefois rester prudent, prévient Arnaud Aymé. On ne sait pas si cette entaille est la cause, ou la conséquence de l’accident, sachant que des roues ont pu couper le rail. Il faut bien se garder de tirer des conclusions hâtives. »</p><h2>« Ce type d’événement est de nature à rehausser la sécurité ferroviaire »</h2><p>La succession de ces accidents fait toutefois s’interroger sur le système ferroviaire espagnol, qui avait déjà connu un drame en 2013, lorsqu’un train à grande vitesse avait déraillé à Saint-Jacques-de-Compostelle, faisant 79 morts.</p><figure><a href="https://www.20minutes.fr/dossier/train">Notre dossier sur les trains</a></figure><p>« Le réseau ferré espagnol n’est pas connu pour avoir une fragilité particulière, assure Arnaud Aymé. Sur cette précédente <a href="https://www.20minutes.fr/faits_divers/4196842-20260119-accident-train-espagne-autres-catastrophes-ferroviaires-marque-vingt-dernieres-annees">catastrophe ferroviaire intervenue en 2013 à Saint-Jacques de Compostelle</a>, la cause première n’était pas l’infrastructure, mais le conducteur qui n’avait pas respecté la limite de vitesse avant d’aborder une courbe, puisqu’il allait deux fois plus vite que la vitesse autorisée. » En revanche, l’expert reconnaît que « si l’infrastructure avait été dotée à ce moment-là de systèmes de contrôle de la vitesse, freinant automatiquement le train, ce ne serait pas survenu. Mais, sur cette portion, ce n’était pas encore obligatoire à l’époque. »</p><figure> </figure><p>Le réseau espagnol répond « à des normes nationales et européennes », comme le réseau français, poursuit-il. « Ce type <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/accident">d’accidents</a>, et surtout celui de dimanche dernier, rappelle au transporteur ferroviaire à quel point la sécurité est importante, et le moindre manquement peut avoir des conséquences catastrophiques. Ce type d’événement est donc de nature à rehausser la sécurité ferroviaire. » L’enquête technique va ainsi déterminer « l’enchaînement des causes, et pourquoi les causes ont été si graves » et aboutir à des « préconisations de sécurité, qui s’appliqueront en Espagne, et potentiellement dans d’autres pays, y compris la France ».</p>