« Les phytos, j’y connais que dalle », se défend Alain H. accusé de trafic de pesticides interdits

Published 10 hours ago
Source: 20minutes.fr
« Les phytos, j’y connais que dalle », se défend Alain H. accusé de trafic de pesticides interdits
<p>Un procès de l’environnement dans un contexte d’actualité brûlante. Ce lundi à <a href="https://www.20minutes.fr/marseille/">Marseille</a>, dans la salle des procès hors norme de la caserne du Muy, sept exploitants agricoles, leurs sociétés ainsi que leur fournisseur présumé comparaissent dans un vaste procès pour un trafic de produits phytosanitaires interdits en France. Selon l’association France Nature Environnement, une des parties civiles dans le dossier aux côtés de la LPO, de l’UFC Que Choisir et de la Confédération paysanne, 3,5 tonnes de substances auraient ainsi été importées pendant plus de six ans, de 2018 à 2024.</p><p>L’origine de ce dossier trouve sa source en Normandie, dans la <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/manche">Manche</a>, au cœur de <a href="https://www.20minutes.fr/planete/3046651-20210521-manche-100-tonnes-pesticide-interdit-epandues-dix-maraichers-devant-justice">l’affaire dite « des carottes de Coutances »</a>. En novembre 2020, la Brigade nationale d’enquêtes vétérinaires et phytosanitaires (BNEVP) ouvre une enquête administrative après avoir reçu une information : un produit phytosanitaire interdit depuis 2018 à base de dichloropropène aurait été épandu sur 650 hectares de production de carottes. L’enquête révèle un circuit d’importation de produits interdits en France depuis l’<a href="https://www.20minutes.fr/dossier/espagne">Espagne</a>, avec un revendeur et un intermédiaire, identifié comme Alain H., né en 1947. Les investigations mettent à jour des factures attestant la vente de ces produits à des exploitants agricoles des <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/bouches-rhone">Bouches-du-Rhône</a> et la <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/drome">Drôme</a>, entraînant la saisie du parquet de Marseille et des perquisitions sur les exploitations dans le sud de la France.</p><figure><iframe title="Affaire Monsanto : Théo, 17 ans, se bat pour interdire le glyphosate qui lui a « gâché la vie »" width="100%" height="100%" src="https://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01357940/zone/1/src/xzprsxz/showtitle/1/" frameborder="0" scrolling="no" marginwidth="0" marginheight="0" hspace="0" vspace="0" webkitallowfullscreen="true" mozallowfullscreen="true" allowfullscreen="true" allow="autoplay" referrerpolicy="no-referrer-when-downgrade"></iframe></figure><h2>« Les phytos, j’y connais que dalle »</h2><p>Déjà condamné à plusieurs milliers d’euros d’amende et six mois de prison avec sursis dans le volet de Coutances, Alain H., veste bleue et lunette de vue, comparaît pour faux et usage de faux ainsi que l’importation, la détention et la vente de produits phytopharmaceutiques dangereux pour la <a href="https://www.20minutes.fr/sante/">santé</a>. A la barre, peinant dans un premier temps à entendre les questions du président, il reconnaît l’achat de produits interdits mais pour un usage personnel uniquement. « Mon client aborde ce procès dans un état d’esprit de retraité, il a arrêté toute activité et regarde ça avec du recul, assure à <em>20 Minutes</em> son avocat, Me Alain Baduel, réfutant l’idée d’un trafic de grande ampleur. Il vient s’expliquer avec franchise de certains nombres de faits reprochés. »</p><p>Au cours de l’audience, le président Pascal Gand est revenu sur le parcours de cet homme de 78 ans, spécialiste de la commercialisation et de la création de fertilisants organiques. Il a notamment créé plusieurs sociétés dans sa carrière, dont une dans le Delaware, aux <a href="https://www.20minutes.fr/monde/etats-unis/">Etats-Unis</a>, et une visée par les poursuites : l’EARL Midifix Environnement, créé en 2022 et liquidée au mois d’août 2025. « J’ai tout arrêté, notamment après l’histoire de Coutances, assure Alain H., avant de se corriger. J’ai essayé de repartir avec Midifix Environnement, mais ça ne marchait pas bien. J’ai compris qu’il fallait que j’arrête les bêtises. » Et d’ajouter : « Les phytos, j’y connais que dalle. »</p><p>Face au président, il nie avoir mis en relation ses clients avec l’entreprise espagnole Agronaqui pour écouler des produits non autorisés en France. Et ce, malgré des déclarations contraires lors de ses auditions précédentes. « Pourquoi on continue à importer des productions végétales d’Espagne cultivées avec des produits interdits en France ? », se défend-il, déplorant les règles différentes entre les pays européens. « Êtes-vous un justicier du monde agricole ? », interroge avec ironie le président.</p><h2>Les clients plaident la négligence</h2><p>Les clients présumés d’Alain H., dont quatre sont présents au tribunal et trois représentés par leurs avocats, ont été perquisitionnés en mai et juin 2022. Au total, plus d’une cinquantaine de produits commerciaux sans autorisation de mises sur le marché valables sont alors découverts, 37 étant français et 17 étant étrangers, venus notamment de Belgique, de Grèce ou encore d’Espagne. Certains présentent des défauts de stockage, d’étiquettes et d’autres sont même des contrefaçons.</p><p>La plupart des prévenus contestent l’acte d’achat de produits sans autorisation de mise sur le marché. Quant aux stocks de produits phytosanitaires non utilisables qui n’ont pas été détruits et qui ont été retrouvés sur leurs exploitations, ils plaident la négligence. A l’instar de Frédéric B., un des exploitants visés. Agriculteur depuis l’âge de 13 ans, il est à la tête d’une exploitation de 1.300 hectares, connue notamment pour sa production de melons, ou encore Didier C., qui se défend de toute utilisation de produits sur ses cultures, de la salade principalement.</p><p>« J’ai repris l’exploitation familiale en 1987, que j’ai développée au fil des années. Lors de cette progression, des contrats ont été signés avec des grandes firmes qui nous ont éduquées à avoir une agriculture vertueuse », assure-t-il à la barre. Pour le prouver, son avocat revendique trois tomes d’analyses régulières et inopinées conservées depuis 2017 « pour prouver qu’aucun produit interdit n’a été utilisé sur l’exploitation sur les légumes », souligne-t-il. « Mon client est extrêmement contrôlé », souligne Me. Pascal Baboin, qui déplore une affaire « montée en épingle » et sans « colonne vertébrale ». Sur son exploitation, 1.174 litres et 175 kg de produits sans autorisations de mise sur le marché et sans permis de commerce parallèle ont été retrouvés.</p><p>« La négligence ne peut plus être évoquée, assure de son côté Hervé Cloatre, enquêteurs de la BNEVP, entendu en tant que témoin. On est en 2025, cela fait à peu près quinze ou vingt ans que le Certificat individuel de produits phytopharmaceutiques a été mis en place et que les agriculteurs ont été accompagnés. »</p><figure> </figure><p>La décision dans ce dossier tentaculaire est attendue mercredi.</p>