<p>« Le bilan du week-end est particulièrement lourd », écrit la préfète de Savoie Vanina Nicoli, sur X. <a href="https://www.20minutes.fr/societe/4195367-20260110-val-isere-deux-skieurs-hors-piste-tues-avalanche">En deux jours, six skieurs</a> sont décédés dans les <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/alpes">Alpes</a>, en <a href="https://www.20minutes.fr/societe/savoie/">Savoie</a> et en <a href="https://www.20minutes.fr/societe/haute-savoie/">Haute-Savoie</a>, emportés par des <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/avalanche">avalanche</a>s alors qu’ils pratiquaient le <a href="https://www.20minutes.fr/faits_divers/4195420-20260111-savoie-deux-skieurs-meurent-deux-avalanches-distinctes">hors-piste</a>. Le risque d’avalanche annoncé était de 4 sur 5.</p><p>« Au vu des accidents enregistrés en secteur hors-piste des domaines skiables et du niveau toujours élevé des risques d’avalanches, la préfète en appelle à la plus grande prudence et à la responsabilité de tous les pratiquants, pour leur propre sécurité et pour celle des secouristes », poursuit-elle. Elle rappelle qu’il n’y a pas de « petits hors-pistes » ni de « petites avalanches », et que la pratique du ski hors-piste est fortement déconseillée.</p><p>Mais alors, comment empêcher les skieurs de s’y aventurer ? Faut-il faire de cette pratique un délit ? Comment cela se passe à l’étranger ? Pour répondre à ces questions, <em>20 Minutes </em>a interrogé <a href="https://www.learnfromaltitude.com/equipe/blaise-agresti">Blaise Agresti</a>, guide de haute montagne, en charge du PGHM de <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/chamonix">Chamonix</a> pendant quinze ans, et auteur de plusieurs ouvrages de référence sur le secours en montagne.</p><h2>Pour commencer, qu’est-ce qu’on définit comme du hors-piste ?</h2><p>Le hors-piste, c’est aller dans la montagne, c’est quitter les sentiers battus. Dans un sens strict, c’est tout ce qui n’est pas une piste balisée. Mais dans un domaine skiable, dans lequel toute la zone est sécurisée par les pisteurs, il existe aussi des espaces de hors-piste. Ce sont des pistes juste à côté des zones banalisées, qu’on définit souvent comme « hors-piste de proximité », et qui sont tous les endroits d’une station desservis par gravité sans porter des skis.</p><h2>Ce week-end, six skieurs sont décédés en pratiquant du hors-piste. Pourquoi la montagne était-elle particulièrement dangereuse ?</h2><p>Il a beaucoup neigé, il y a eu du vent, donc le manteau neigeux n’est pas stabilisé et c’est dangereux. Et dimanche, il a fait particulièrement beau. Si ça avait été un lundi, il y aurait peut-être eu moins d’accidents. Il y a un lien avec les circonstances temporelles. Mais pour moi, la raison principale des accidents, ce sont les décisions, notamment sur le mauvais choix des itinéraires.</p><p>Si je me rends dans des endroits qui ont été soumis à des fortes accumulations, liées au vent et aux chutes de neige, qu’il y a des grandes pentes au-dessus, forcément, l’accident va avoir lieu. Peu des accidents qui se sont produits sont des surprises. Ce sont des événements absolument prévisibles. C’était écrit. La question est donc plutôt de savoir pourquoi on choisit aussi mal ?</p><h2>Pourquoi on choisit aussi mal, selon vous ?</h2><p>Selon moi, il y a l’appel de la poudreuse, avec une excitation collective de skier dans 40 à 60 cm de neige fraîche, avec un beau temps. Puis, il y a un déficit d’éducation : le fait d’être capable de lire une carte, les degrés de pente, etc. Quand on se retrouve au mauvais endroit, on espère que le DVA (détecteur de victimes d’avalanche) pourra faire l’affaire. Mais là, il y avait des gens qui ne l’avaient même pas [notamment deux skieurs à Val d'Isère, qui n’ont pu être localisés que grâce à leurs téléphones portables, ensevelis sous 2,5 mètres de neige, mais trop tard pour pouvoir les réanimer].</p><p>Mais ce système de protection n’est qu’un outil qui peut sauver des vies. C’est, en quelque sorte, le minimum syndical. Quand on a mal décidé, qu’on s’est trompé, qu’on est au mauvais endroit au mauvais moment, on espère que l’appareil marche et qu’on pourra avoir de l’assistance. Mais ce n’est que le dernier recours, il ne faut pas le considérer comme un système de sécurité, c’est un système de sauvetage. En réalité, le vrai minimum serait d’avoir des gens mieux formés à la prise de décision et surtout, au renoncement.</p><h2>Est-il possible d’empêcher les skieurs de faire du hors-piste ?</h2><p><a href="https://www.20minutes.fr/societe/4138393-20250215-sports-hiver-verbalisations-radars-drones-faire-limiter-vitesse-pistes-ski">Ce n’est pas l’esprit en France d’interdire</a> un espace de pratique. Le droit constitutionnel garantit d’ailleurs la liberté d’aller et venir, car la montagne est en libre accès. Et ce n’est pas vraiment la culture.</p><h2>Faudrait-il imaginer le hors-piste comme un délit pour être plus dissuasif ?</h2><p>Je pense ce serait une bonne idée d’interdire le hors-piste en risque 4 sur 5 d’avalanche, autour d’une station de ski, avec l’impossibilité d’emprunter les remontées mécaniques. Sans interdire la pratique, la meilleure solution serait même de fermer la station, de ne pas ouvrir les pistes. Mais ce serait monstrueux pour les domaines skiables.</p><p>Sinon, pourquoi pas oui, imaginer avoir une logique plus dure, en donnant un pouvoir plus coercitif aux pisteurs, c’est-à-dire, quelqu’un qui partirait sans avoir un minimum son équipement de sécurité, il serait en infraction. Ainsi, le service des pistes aurait un « pouvoir de police », mais ça sous-entend de mettre en place une réglementation. Et ce n’est pas forcément la tendance.</p><p>La problématique, c’est que ça donnerait une sorte de quitus aux risques 2 et 3. Et c’est au risque 3 qu’il y a le plus de morts. Après, cette interdiction permettrait de réduire un peu, mais si ça permet de sauver des vies, je pense que c’est une vraie piste à creuser et que c’est bon à prendre. Et interdire dès le risque 3 sur 5, ça voudrait dire interdire tout le temps quasiment. Donc, avoir un peu plus de contraintes et de contrôles pour les journées en 4 sur 5, ça renforcerait le côté préventif qui ne fonctionne pas beaucoup malheureusement…</p><h2>Et comment ça se passe à l’étranger ?</h2><p>Aux Etats-Unis, ils ne s’embêtent pas. Ils mettent des cordes et des panneaux tout autour du domaine skiable, comme dans le Colorado. On est dans une sorte de « bulle sécurisé » : tout ce qui est dans les cordes, la piste et le hors-piste de proximité, est sécurisé, mais si on a acheté un forfait, on n’a pas le droit de quitter la station depuis le domaine. Si on sort, on prend une contravention des pisteurs. Mais, on a le droit d’aller en dehors, dans la montagne sauvage, ce n’est pas interdit, si ce n’est pas depuis le domaine. Le taux d’accidentologie est bien plus bas en proportion, mais il repart à la hausse ces dernières années, parce que les skieurs partent dans ce qu’on appelle le « back country », en dehors des stations.</p><p>En Italie, un professionnel de la montagne - guide, moniteur de ski - qui aurait un accident par risque de 4 sur 5 en hors-piste, il est présumé coupable de faute professionnelle. Les magistrats sont extrêmement durs. Avec cette présomption de culpabilité, le guide doit prouver qu’il n’était pas coupable de fautes lourdes. Avec ce principe et l’obligation du casque sur les pistes, ça crée un système de contraintes qui met plus en vigilance. Et là-bas aussi, ils ont moins d’accidents tout en ayant autant voire plus d’avalanches.</p><h2>C’est donc une question de culture…</h2><p>Oui. Selon moi, si on arrive à changer cette culture - qui repose sur la culture du risque –, ce serait bien plus impactant que de mettre en place des interdictions.</p><figure> </figure><p>Tous les athlètes sont dans le récit de « la pente la plus raide », sponsorisé par Redbull, poussé par la narration des films… Il y a vraiment une incitation à ce type de ski dans les stations. Pourtant, tous les professionnels de la montagne mettent en alerte face aux risques. Donc ce n’est pas ça qui est déficient, c’est la manière de l’intégrer dans le système de pensée. Et pourquoi on est aussi résistant à ça en tant que Français ? C’est ça le sujet majeur pour moi.</p>
Peut-on empêcher les skieurs de faire du hors-piste quand le risque avalanche est annoncé ?
Published 13 hours ago
Source: 20minutes.fr
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