PSG - OM : « Un résumé du foot français »… Faut-il en finir pour de bon avec ce Trophée des champions en carton-pâte ?

Published 3 days ago
Source: 20minutes.fr
PSG - OM : « Un résumé du foot français »… Faut-il en finir pour de bon avec ce Trophée des champions en carton-pâte ?
<p>Si l’on préfère volontiers laisser aux Anglais leur nourriture infâme, sans jamais leur jalouser quoi que ce soit de solide qui s’ingurgite et vienne de chez eux, ayons l’honnêteté d’avouer que question football, en revanche, on regarde nos voisins d’outre-Manche d’un œil envieux. Mais la Ligue 1 ne sera jamais la Premier League, tout comme <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/trophee_des_champions">le Trophée des champions</a>, qui se déroule ce jeudi soir du côté de Koweït City entre le PSG et l’OM, ne sera jamais cette grande fête d’avant-saison qu’est le <a href="https://www.eurosport.fr/football/community-shield/2013-2014/manchester-united-wigan-les-9-choses-a-savoir-sur-le-community-shield_sto3877111/story.shtml">Community Shield</a> dans l’antre de Wembley.</p><p>Pour comprendre pourquoi, il faut faire un saut en arrière dans le temps. Avant que la Ligue 1 ne se serve de ce trophée pour s’exporter à l’étranger, le Trophée des champions ressemblait au mieux à un match amical ++ d’avant-saison, au pire à un tournoi de sixte dans un patelin de province avec remise d’un trophée en toc sur une remorque de tracteur, avec une sono dégueulasse en fond qui crache du Fatal Bazooka, devant une dizaine de pékins désintéressés.</p><p>Il suffit de jeter un rapide coup d’œil à la page Wikipédia du TDC pour se rendre compte du côté folklorique et champêtre des villes hôtes retenus à l’époque : stade de la Méditerranée à Béziers, stade de la Vallée du Cher à Tours, stade de la Licorne à Amiens, ça fait rêver. Avec à chaque fois, pour ne rien arranger, des affluences dignes d’un match ventre mou en Ligue 2. Mais ça, c’était avant.</p><h2>La LFP va au plus offrant</h2><p>Avant que la LFP ne décide d’utiliser cet événement sans grand intérêt pour aller faire la danse du ventre dans des contrées lointaines et vendre des droits TV à l’international, se servant de ce match comme d’un produit d’appel qui donnerait envie aux fans de foot de par le monde de s’abonner à notre cher championnat. Mais ce concept, qui pouvait encore se concevoir dans des marchés comme la Chine, les Etats-Unis ou l’Afrique, est tout de suite moins crédible quand il s’agit de faire son baluchon pour aller jouer au Qatar, comme l’an passé, ou au Koweït, comme c’est le cas cette année.</p><p>« L’idée de départ, à partir de 2009 (Bordeaux-Guingamp à Montréal), c’était de donner envie aux spectateurs et téléspectateurs des pays hôtes de s’abonner, d’acheter les droits de la Ligue 1, et donc de créer une espèce de dynamique positive. Aujourd’hui, on est plus dans une situation où c’est quasiment un appel d’offres que fait la LFP pour essayer de trouver un enchérisseur désireux d’accueillir cet événement », analyse Jean-Pascal Gayant, enseignant-chercheur et spécialiste en économie du sport.</p><p>« Si on comprenait la logique de délocalisation, pour doper les droits TV internationaux, quand on bascule sur une logique d’enchères, on peut se retrouver à aller dans des pays où le potentiel en termes de retombées économiques est moindre, comme c’est le cas aujourd’hui », poursuit-il, songeur. En effet, cette année, le Koweït a non seulement déboursé 3,5 millions d’euros pour se payer son « TDC », mais il régalera aussi <a href="https://www.lequipe.fr/Football/Article/Une-manne-financiere-pour-la-lfp-au-detriment-des-supporters-l-organisation-du-trophee-des-champions-au-koweit-ne-fait-pas-l-unanimite/1631717">l’ensemble des frais des deux équipes</a>, du voyage jusqu’à la réception sur place dans un hôtel cinq étoiles.</p><h2>« D’un point de vue stratégique, c’est un échec »</h2><p>Si la LFP ne dément pas que l’aspect économique fait désormais partie des principaux critères de sélection, elle maintient tout de même que le choix du Koweït répond aussi à une logique commerciale et se félicite de jouer « au Moyen-Orient, où le football est un sport roi et sans cesse en progression ». « Bien entendu que le volet financier est important mais cela ne fait pas tout, il faut des infrastructures, que les conditions d’accueil des équipes soient optimum. Quelqu’un qui offrirait dix fois plus mais qui se trouverait dans un pays instable ne serait pas sélectionné », nous glisse-t-on du côté de la Ligue.</p><figure><iframe title="Ligue 1 : Notre prono pour la fin de saison" width="100%" height="100%" src="https://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01357940/zone/1/src/3smzrsr/showtitle/1/" frameborder="0" scrolling="no" marginwidth="0" marginheight="0" hspace="0" vspace="0" webkitallowfullscreen="true" mozallowfullscreen="true" allowfullscreen="true" allow="autoplay" referrerpolicy="no-referrer-when-downgrade"></iframe></figure><p>Ce n’est pas l’avis de Jean-Baptiste Guégan, spécialiste en géopolitique du sport et auteur de La France n’est pas un pays de sport ? (éditions De Boeck Supérieur). « Au Koweït, on est sur un public qui ne consomme pas la Ligue 1 et qui ne représente pas un marché en expansion, donc d’un point de vue stratégique c’est un échec, juge-t-il. Le Koweït est un des rares états de cette région à ne pas investir dans le football. Au moins c’est un bon résumé de ce qu’est le football français : Incapable de valoriser ses forces et ses atouts, portés par des acteurs qui manquent de vision et de stratégie au long cours et, peut-être, aussi, de compétences commerciales internationales. »</p><p>Pour Christophe Bouchet, le sniper en chef quand il s’agit d’évoquer le travail de Vincent Labrune et de ses équipes, ce choix du Koweït comme cette volonté de changer de pays chaque année ne sont « ni faits, ni à faire ». « Si la LFP savait faire du marketing, ça se saurait, on n’en serait pas là au niveau des droits TV, tacle gaiement l’ancien président de l’OM. C’est dans le droit fil de la politique menée depuis des années, on va au plus simple, sans réfléchir à une stratégie globale. C’est un truc de camelot à la petite semaine sur les marchés, “qui veut mon petit match à 3 millions d’euros ?” »</p><h2>Un stade quasi plein jeudi à Koweït City</h2><p>En revanche, si les fans du football français n’ont jamais fait montre d’un grand intérêt pour ce match de gala qui peine à en être un, ils sont les premiers à critiquer les choix de la Ligue ces dernières années quant aux destinations choisies. Certains ont même vu dans le boycott des supporters de l’OM et le manque d’entrain des fans du PSG devant l’offre faite par le club (800 euros tout compris) un joli pied de nez fait à l’instance. Sauf que pour elle, l’essence même du TDC n’est pas de satisfaire Pierre, Paul ou Jacques à Paris, Marseille ou Carcassonne.</p><p>« L’objectif n’est pas de faire se déplacer les supporters de France, c’est d’offrir le spectacle du football français à des personnes qui ne le connaissent pas encore », tranche la Ligue. Et si l’on en juge par <a href="https://www.lequipe.fr/Football/Actualites/Plus-de-50-000-billets-ecoules-pour-le-trophee-des-champions/1631808">le nombre de billets vendus</a> pour le match de jeudi (plus de 50.000), on peut difficilement dire que le succès n’est pas au rendez-vous.</p><p>Et tant pis si, comme le pense l’économiste du sport, « la Ligue ne semble pas forcément hyper enthousiaste à l’idée que ça se déroule là-bas car ça reste un tout petit marché et que ce n’est pas là qu’on va amorcer une désirabilité planétaire de la Ligue 1, tout montant est bon à prendre en ce moment. » « On est allé vers celui qui offrait le plus d’argent, sans grandes illusions, juste pour prendre un peu de cash », conclut-il. A l’heure où notre chère Farmers League fait <a href="https://www.20minutes.fr/sport/football/ligue-1/4149367-20250419-droits-tv-chaine-100-ligue-1-lfp-acte-championnat-vaut-presque-plus-rien">les fonds de tiroir pour survivre</a> d’un mois sur l’autre, cracher sur 3,5 millions d’euros de cash tout frais serait à la limite du blasphème. Hé oui, il n’y a jamais de petit profit quand on est fauché comme les blés.</p>