Incendie de Crans-Montana : Pansements, autogreffe… Comment sont soignés les grands brûlés ?

Published 2 days ago
Source: 20minutes.fr
Incendie de Crans-Montana : Pansements, autogreffe… Comment sont soignés les grands brûlés ?
<p>Des soins longs, risqués et douloureux. Voici ce que traversent les graves brûlés de l’incendie ayant ravagé un bar de Crans-Montana, en Suisse, lors de la nuit du Nouvel An. En plus des <a href="https://www.20minutes.fr/faits_divers/4194365-20260105-incendie-crans-montana-dj-barman-etudiante-neuf-victimes-francaises-drame">40 personnes décédées</a>, le drame <a href="https://www.20minutes.fr/monde/4194427-20260105-incendie-crans-montana-116-blesses-tous-identifies-21-francais">a fait 116 blessés</a>. Parmi eux, de nombreux grands brûlés. Selon les autorités fédérales suisses, 35 d’entre eux ont été transférés dans des hôpitaux en France, en <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/belgique">Belgique</a>, en Allemagne et en Italie.</p><p>« Aucun pays n’est capable d’accueillir une centaine de patients grands brûlés d’un seul coup », assure le professeur d’anesthésie réanimation François Depret, responsable médical du Centre de traitement des brûlés à l’hôpital Saint-Louis. Et pour cause, la prise en charge y est « très lourde ».</p><figure><iframe title="Grace, brûlée à 60% lors d'un incendie criminel" width="100%" height="100%" src="https://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01357940/zone/1/src/3xm55qk/showtitle/1/" frameborder="0" scrolling="no" marginwidth="0" marginheight="0" hspace="0" vspace="0" webkitallowfullscreen="true" mozallowfullscreen="true" allowfullscreen="true" allow="autoplay" referrerpolicy="no-referrer-when-downgrade"></iframe></figure><h2>Un coma artificiel parfois nécessaire</h2><p>Un adulte est considéré comme grand brûlé si plus de 20 % de sa surface cutanée est touchée. Mais le niveau de gravité dépend aussi de la localisation. « Les brûlures profondes sur la main, le périnée et le visage sont considérées comme graves », explique le professeur Depret. « Les brûlures de troisième degré sont des brûlures profondes sans possibilité de régénération et de cicatrisation spontanée », ajoute la professeure Marie-Reine Losser, présidente de la Société francophone de brûlologie.</p><p>Dans le bar de <a href="https://www.20minutes.fr/monde/4194392-20260105-incendie-crans-montana-cagnotte-ouverte-aider-barman-francais-blesse">Crans-Montana</a>, de nombreux jeunes ont respiré des fumées toxiques. Certains en sont morts. D’autres ont réussi à s’en sortir mais gardent comme séquelle une brûlure pulmonaire sévère. N’étant plus capables de respirer par eux-mêmes, ils sont mis sous anesthésie générale, plus communément appelée coma artificiel. « Les blessés dont la surface brûlée est tellement étendue que la douleur est extrême malgré les antalgiques sont aussi mis sous anesthésie générale », précise le professeur d’anesthésie réanimation.</p><h2>Risques d’hypothermie et de nécrose</h2><p>Dans les premières heures de prise en charge, plusieurs risques se croisent. D’abord celui de faire une hypothermie. « La peau sert entre autres à maintenir la chaleur corporelle ; si elle est lésée, la chaleur sort en permanence », souligne la présidente de la Société francophone de brûlologie. Couverture de survie, pièce chauffée et pansements aideront à contrôler la déperdition de chaleur. Deuxième risque : la personne ayant des sortes de cloques suintantes sur une bonne partie de sa peau, elle va perdre beaucoup d’eau. « Dans les 24 premières heures, plus de 20 litres doivent être perfusés », appuie le responsable médical du Centre de traitement des brûlés à l’hôpital Saint-Louis.</p><p>Dernière intervention d’urgence, à effectuer « dans les six premières heures » : « les incisions de décharge ». En cas de brûlures profondes et circonférentielles, la peau va perdre son élasticité et les muscles vont se retrouver comme « coincés ». Conséquence : le risque d’ischémie (arrêt ou insuffisance de la circulation sanguine) est élevé. « Le sang ne pouvant plus arriver en quantité suffisante jusqu’au muscle, il y a un risque de nécrose du muscle, précise le professeur Depret. Les chirurgiens peuvent donc ouvrir la peau au bistouri tout le long de la jambe afin de libérer les structures sous la peau »</p><h2>Des autogreffes de peau</h2><p>Passé cette importante phase d’instabilité allant de 48 heures à une petite semaine, vient la chirurgie. « On enlève couche par couche l’escar de brûlure jusqu’à obtenir une peau propre », raconte la professeure Losser. Puisque la peau d’un donneur risque de provoquer un rejet et donc une infection, c’est une autogreffe de peau qui est alors réalisée. Entre la peau nouvelle et la cicatrice,<strong> </strong>« un derme artificiel », composé de polymères, est ajouté. « Il permet de donner de la souplesse à la cicatrice, notamment dans le cou et les articulations », précise la médecin.</p><p>Les chirurgiens essaient d’utiliser la peau des surfaces les moins visibles telles que les cuisses, les membres inférieurs, l’abdomen, le dos. Mais parfois, la surface brûlée est si vaste qu’ils n’ont que peu de choix. Dans ce cas, il existe une astuce pour économiser le capital peau : « Un matériel permet d’étendre cette peau prélevée pour la doubler, voire la tripler de surface », explique la professeur Marie-Reine Losser. Une technique qui a toutefois ses limites : « Pour le visage, on voudrait une peau pleine, pas expansée, pour avoir la cicatrice la plus belle possible. » Niveau cicatrisation, « on prélève une épaisseur très fine d’épiderme, et la cicatrice se fait spontanément en quinze jours à trois semaines », poursuit la professeure Losser. Cette intervention peut être réalisée deux, trois, voire quatre fois.</p><h2>Longue rééducation</h2><p>Lors de toute cette période, et ce jusqu’à la cicatrisation, les plaies sont régulièrement nettoyés et des pansements appliqués sur les zones brûlées, afin d’éviter qu’elles ne s’infectent. « Pour un grand brûlé, les pansements demandent en moyenne 4 à 5 paramédicaux qui travaillent pendant deux heures, détaille le responsable médical du Centre de traitement des brûlés de Saint-Louis. C’est un travail à la fois très méticuleux et très physique. » Cette tâche doit être renouvelée tous les jours, puis toutes les 48 heures. Tout au long de la prise en charge, la gestion de la douleur, grâce à des morphinique, est primordiale.</p><p>L’hospitalisation peut durer de plusieurs semaines à plusieurs mois. Vient ensuite la période de rééducation. Les patients sont encouragés à porter des vêtements compressifs afin que la cicatrisation se fasse bien. Car la cicatrice va encore évoluer pendant deux ans. Pour finir, l’âge et l’état de santé de base de la personne influeront sur sa capacité à se remettre. Et dans le cas de Crans-Montana, beaucoup de victimes étaient jeunes, ce qui augmente l’espoir de leur guérison.</p>