<p>Un changement de ton qui n’a pas échappé aux spécialistes de la délicate dialectique de la <a href="https://www.20minutes.fr/monde/allemagne/4195859-20260113-allemagne-besoin-propres-armes-nucleaires-comme-suggere-general-armee">dissuasion</a>. Jeudi, lors de ses <a href="https://www.20minutes.fr/societe/4196204-20260115-defense-feux-tres-grande-profondeur-defense-sol-air-macron-veut-accelerer-rearmement-france">vœux aux armées à Istres</a> (Bouches-du-Rhône), <a href="https://www.20minutes.fr/politique/emmanuel-macron/">Emmanuel Macron</a> a évoqué le tir par les Russes d’un missile balistique, dans la nuit du jeudi 8 au vendredi 9 janvier dernier.</p><p>« Nous avons observé, pour la deuxième fois, le tir d’un <a href="https://www.20minutes.fr/monde/4195204-20260109-guerre-ukraine-quoi-missile-russe-oreshnik-peut-menacer-quasi-totalite-europe">missile de très longue portée Orechnik</a> par la <a href="https://www.20minutes.fr/monde/russie/">Russie</a> sur l’<a href="https://www.20minutes.fr/monde/ukraine/">Ukraine</a>, a rappelé le président de la République. Ce tir est un signal d’une puissance qui a décidé de se doter d’une telle capacité. Le message est clair, et à tous ceux qui pensent que la Russie serait une question qui ne nous concerne pas, il doit être reçu cinq sur cinq : nous sommes à portée de ces tirs. »</p><h2>« Les Russes sont les spécialistes des armes duales »</h2><p>Le tir de cet Orechnik semble donc avoir changé la donne. Le spécialiste des armes stratégiques Etienne Marcuz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), explique que « ce nouveau vecteur russe serait une version conventionnelle, c’est-à-dire sans charge nucléaire, du missile balistique à portée intermédiaire [IRBM] RS-26 Rubezh. Mais, contrairement à ce qu’on lit souvent, l’Orechnik ne serait pas un <a href="https://www.20minutes.fr/societe/4159550-20250622-guerre-missiles-croisiere-balistiques-hypersoniques-differences-utilisations">missile hypersonique</a> au sens militaire du terme, c’est-à-dire un engin capable à la fois de manœuvrer et d'évoluer à plus de six fois la vitesse du son [Mach 6] sur la majeure partie de sa trajectoire. »</p><figure><blockquote class="twitter-tweet" align="center" data-lang="fr_FR"><p lang="fr" dir="ltr">🚀🇷🇺Dessine-moi … un tir IRBM ORESHNIK🇷🇺🔥<br><br>Alors que la Russie a tiré pour la seconde fois jeudi soir un ORESHNIK au combat, beaucoup s’interrogent sur la nature de ce missile, souvent présenté comme révolutionnaire. Qu’en est-il vraiment, selon les sources disponibles ?<br><br>-----… <a href="https://t.co/gtgBzm8nkJ">pic.twitter.com/gtgBzm8nkJ</a></p>— Etienne Marcuz (@Etienne_Marcuz) <a href="https://twitter.com/Etienne_Marcuz/status/2010262837218705771?ref_src=twsrc%5Etfw">January 11, 2026</a></blockquote>
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</figure><p>Si sa vitesse serait de Mach 10, il n'aurait pas de capacité de manœuvre. Un missile balistique est un missile dont la très grande majorité du vol se déroule hors de l'atmosphère, au-delà de 100 km d'altitude. Une fois la phase propulsée terminée, seule la gravité influe sur la trajectoire, jusqu'à la phase terminale. « Il aurait une portée maximale d´environ 5.000 km, selon les Russes, même si en l’occurrence, il n’a été tiré qu’à 1.800 km, pointe de son côté la chercheuse Héloïse Fayet, responsable du programme dissuasion et prolifération à l’Ifri (Institut français des relations internationales). Les deux seules fois où il a été tiré, c’est sur le champ de bataille, il n’a pas été testé auparavant, ce qui peut expliquer ses difficultés en matière de précision et de charge - ce qui interroge quant à ses réelles capacités. Il est toutefois présenté comme un missile mirvé, c’est-à-dire pouvant emporter plusieurs charges, et pouvant aussi emporter une charge <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/bombe_atomique">nucléaire</a>, même si cela ne représente rien de nouveau, les Russes étant les spécialistes des armes duales. »</p><p>Par ailleurs, « il n’est pas impossible à intercepter, car il ne représente en soi rien de révolutionnaire, mais si plusieurs de ces missiles étaient tirés en même temps, évidemment que nous n’aurions pas, pour l'instant en Europe, la capacité de les intercepter », poursuit la chercheuse.</p><h2>La France travaille sur le MBT, un missile balistique développé par ArianeGroup</h2><p>« Il ne faut pas prendre à la légère la menace que représente l’Orechnik pour l’Europe, sans toutefois l’exagérer » résume Etienne Marcuz. L'Europe est en tout cas désormais bel et bien « à portée des tirs » conventionnels russes, a rappelé Emmanuel Macron. « Cela m’a un peu surprise que le président nomme directement cette menace et qu’il l’aborde de manière aussi directe, même s’il y avait eu une très forte réaction des Européens après ce tir, poursuit Héloïse Fayet. Il y a toujours un équilibre difficile à trouver entre ne pas en parler, et trop en faire au risque d’alimenter la propagande. Manifestement, il y a désormais la volonté de dire que la Russie possède ce type d’arme, et qu’il faut en parler pour justifier le fait que la France et l’Europe en développent aussi. » L'idée étant de dissuader en montant que l'Europe serait capable de répliquer à ce type d'attaque. </p><p>Emmanuel Macron a ainsi annoncé que « si nous voulons rester crédibles, nous devons, nous Européens, et tout particulièrement la France - qui dispose de certaines technologies –, nous saisir de ces nouvelles armes qui changeront la donne à court terme ». C’est pourquoi « nous allons poursuivre le travail que nous avons initié avec les Européens pour développer des feux dans la très grande profondeur, à travers l’initiative Elsa [European long-range strike approach]. Avec nos partenaires allemands et britanniques, nous devons avancer, avec force, sur ces capacités [pour] accroître notre crédibilité, et épauler notre dissuasion nucléaire. »</p><figure><img src="https://img.20mn.fr/TqwHj1fES4KobZFvSJU1xCk/960x0_media.jpg" alt="null"></figure><p>Lancée il y a deux ans, l’initiative Elsa « vise à doter les Européens d’armes de frappe dans la très grande profondeur », confirme Etienne Marcuz. « Les Allemands et les Anglais coopèrent entre eux, sur un système de 2.000 km de portée, tandis que la France travaille sur le MBT, un missile balistique [terrestre] développé par ArianeGroup. Ce programme Elsa nous permettra de disposer d’un panel de moyens de frappes, avec différents types de systèmes. »</p><h2>« Nous ne pensions pas en avoir besoin »</h2><p>La France maîtrisant la technologie du missile balistique, puisque ArianeGroup développe déjà le <a href="https://www.20minutes.fr/societe/4181947-20251028-dissuasion-nouvelle-version-missile-nucleaire-oceanique-francais-entree-service-operationnel">M51</a> pour la dissuasion nucléaire, pourquoi ne s’est-elle pas équipée plus tôt de ce type d’engins pour renforcer son panel d’armes conventionnelles ?</p><p>Si la France et l'Europe sont en retard, c'est parce que « nous ne pensions pas en avoir besoin », explique Héloïse Fayet. « La réflexion sur la frappe dans la profondeur remonte à quelques années, face au constat que ces armes sont de retour, en Ukraine, en Asie, au Moyen-Orient. Mais, nous ne savions pas combien de temps allait durer la guerre en Ukraine, et nous ne pensions pas que nous aurions à déployer ce type d’armes en dissuasion contre la Russie. » La nécessité de s'en équiper est aussi venue « du constat que, dans les conflits modernes, la supériorité aérienne [via les avions de combat] est difficile à acquérir. »</p><h2>En France, jusqu’ici, « le balistique était forcément synonyme de nucléaire »</h2><p>Cette réflexion sur la frappe dans la profondeur conventionnelle rejoint, côté français, celle sur « l’épaulement, c’est-à-dire la contribution des forces conventionnelles à la manœuvre dissuasive, et vice-versa », poursuit la chercheuse. « Les Russes et les Américains ne se posent pas cette question, car pour eux la dissuasion est globale, alors qu’en France nous avions jusqu’ici une vision cloisonnée de la dissuasion nucléaire, mais nous sommes en train d’en sortir. »</p><p>En France, « le balistique était jusqu'ici forcément synonyme de nucléaire », confirme Etienne Marcuz. « On n’aime pas parler de dissuasion conventionnelle. Avec les exemples iraniens et russes, nous avons toutefois pris conscience que si nous ne nous dotions pas de moyens de frappe équivalents, nous risquions de nous retrouver paralysés. »</p><figure><a href="https://www.20minutes.fr/monde/ukraine/">Notre dossier sur la guerre en Ukraine</a></figure><p>Ce qui serait d’autant plus regrettable que « nous avons l’expertise en la matière, et nous sommes capables de sortir un système bien plus précis que l’Orechnik », poursuit le spécialiste. Même s’il aurait moins de portée, puisque le MBT français est annoncé pour être tiré à une distance comprise entre 1.000 et 2.000 km. « Mais comme les lanceurs seraient installés sur le flanc est de l’Europe, cela permettrait d’atteindre les trois-quarts du <a href="https://www.20minutes.fr/monde/4183542-20251106-vaste-etude-compare-rapport-force-entre-europe-russie">potentiel économique russe</a>, c'est largement suffisant, l’idée étant de faire peser une menace systémique sur l’adversaire », détaille le spécialiste.</p><p>Car « l’intérêt de ces armes, qui deviennent de plus en plus précises, est de pouvoir faire s’effondrer l’économie adverse, plus que la ligne de front, poursuit Etienne Marcuz. Les Russes et les Ukrainiens l’ont très bien compris ».</p>
Guerre en Ukraine : Mais pourquoi Macron veut-il doter la France de capacités de frappes dans la profondeur ?
Published 7 hours ago
Source: 20minutes.fr
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