<p>Être un passeur, voici ce qui anime Vincent Hilaire lorsqu’il accepte de répondre aux questions de<em> 20 Minutes </em>sur la situation au <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/groenland">Groenland</a>, ce territoire grand comme quatre fois la France qui compte environ 57.000 habitants, soit un peu moins que la ville de <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/niort">Niort</a>, dans les <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/deux-sevres">Deux-Sèvres</a>.</p><p>Cet ancien journaliste de 59 ans a participé à plusieurs expéditions en Arctique sur le voilier scientifique <em>Tara</em>, qui le conduiront à passer six mois sur la banquise et à visiter ce territoire polaire sous toutes les coutures, côté russe, norvégien, canadien ou encore groenlandais. En 2015, il fonde l’initiative climatique <a href="https://greenlandia.org/#notre-vision">Greenlandia</a>. Son objectif : transmettre les savoirs de la communauté polaire du Groenland, en première ligne face au changement climatique, et documenter scientifiquement ce dernier, notamment grâce à des expéditions embarquant des biologistes, des océanographes, des géologues et même des anthropologues.</p><figure><iframe title="Groenland : La France va envoyer d'autres « moyens terrestres, aériens et maritimes » dans les « prochains jours »..." width="100%" height="100%" src="https://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01357940/zone/1/src/3538uzr/showtitle/1/" frameborder="0" scrolling="no" marginwidth="0" marginheight="0" hspace="0" vspace="0" webkitallowfullscreen="true" mozallowfullscreen="true" allowfullscreen="true" allow="autoplay" referrerpolicy="no-referrer-when-downgrade"></iframe></figure><p>Au cœur de ce territoire menacé par <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/donald_trump">Donald Trump</a>, le quotidien des habitants est percuté par la géopolitique. Vincent Hilaire, qui a noué des contacts « exceptionnels » avec certains locaux devenus ses amis, nous décrypte leur état d’esprit.</p><h2>Quels sont vos liens avec le Groenland et comment connaissez-vous ce territoire ?</h2><p>Depuis la création de Greenlandia, nous avons fait dix expéditions en dix ans dans le Scoresby Fjord, le plus grand fjord situé sur la côte Est du Groenland, à l’opposé du pouvoir central de Nuuk. Depuis 2015, nous avons commencé les échanges avec la population d’Ittoqqortoormiit, un village d’environ 350 âmes, dans le but de construire un observatoire « hommes-milieux » où l’on travaille à la fois sur les sciences humaines et sociales, en recueillant la parole de la population sur les effets du <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/changement_climatique">changement climatique</a>, mais aussi sur les sciences de la vie et de la terre, pour produire des nouvelles connaissances scientifiques qu’on transmet ensuite à travers des supports pédagogiques ou encore des <a href="https://www.youtube.com/watch?v=tpSS2IyumeY">documentaires</a>. On porte la parole de cette communauté et on transmet aussi ce qui est important dans le contexte de cette crise géopolitique. Il faut rappeler que le Groenland, c’est trois langues dans un territoire en autonomie renforcé qui est encore danois, avec de rares villes, principalement sur la côte Ouest, et une majorité de villages, notamment sur la côte Est où vivent 3.000 personnes. Cela donne une idée de la complexité du tissu.</p><h2>Quel est l’état d’esprit des Groenlandais avec lesquels vous échangez ?</h2><p>Ce que je ressens dans la population via nos contacts dans le village, c’est qu’ils sont tous sur la ligne « Make America Go Away », tout en conservant leur souhait d’indépendance par rapport aux Danois. Pour autant, très clairement, entre les Danois et les Américains, les Groenlandais ont choisi leur camp, temporairement, pour se sortir des appétits de Donald Trump. A Nuuk, qui est comme une capitale européenne, une ville danoise cosmopolite et ouverte sur le monde, ce sentiment est très fort.</p><h2>Selon un sondage de janvier 2025, 56 % des Groenlandais sont favorables à l’indépendance. Mais ce débat semble mis entre parenthèses dans cette crise…</h2><p>L’équation groenlandaise est une équation à plusieurs inconnues et très complexe. Chaque année, le Groenland reçoit des subsides importants du Danemark, dont il est tributaire pour son budget. Même s’il n’y a que 57.000 habitants, le coût de la logistique dans un pays qui mesure quatre fois la France, avec une calotte polaire au milieu, est exorbitant que ce soit pour les transports ou l’énergie. Dans le village d’IIttoqqortoormiit, par exemple, on a une centrale qui fonctionne au fioul. Pour devenir indépendant, il faut trouver de l’argent. Ce financement de l’indépendance provoque des divisions entre les habitants : Peut-on se passer du Danemark ? Faut-il ouvrir des concessions minières, qui risquent de polluer les terres ? A quels pays ? Néanmoins, le sentiment qui unit les Groenlandais, c’est que leur pays n’est pas à vendre. Et la priorité aujourd’hui, vu la rapidité que met Donald Trump dans cette nouvelle affaire territoriale et géopolitique, c’est de réagir vite pour faire en sorte qu’il renonce.</p><h2>Avec ses ressources naturelles et sa situation géographique, le Groenland est au cœur des ambitions internationales. Comment les locaux font-ils face ?</h2><p>Les locaux sont aussi unis contre les Chinois et les Russes, parce qu’ils considèrent que leur approche de l’exploitation des mines nuira à l’environnement. Pour mes amis groenlandais, dans les villages comme les plus grandes villes, leur terre est sacrée. Ils sont vent debout car c’est une attaque profonde à une terre sacrée et à une culture séculaire. Dans ces villages, il y a un rapport profond à la nature. Donald Trump s’attaque ici à l’une des communautés qui est la plus brillante championne de l’adaptation à l’environnement le plus extrême de la planète depuis des siècles. En aucun cas ces Inuits, qui renouent avec leur culture et qui se battent pour l’affirmer malgré une colonisation depuis longtemps, n’accepteront un nouveau colon.</p><h2>Entre les villages isolés où vivent les populations de culture Inuit et les villes « à l’européenne », est-ce que l’île n’est pas divisée sur la situation ?</h2><p>Clairement dans les villages, Nuuk est une ville danoise qui n’est pas de la même culture. Mais la réaction de l’Europe, notamment avec l’envoi de militaires, a sidéré positivement les Groenlandais. Aujourd’hui les seuls alliés qui peuvent leur permettre, paradoxalement, d’avoir une indépendance, ce sont l’Europe et le Danemark. Les habitants ne portent plus un regard identitaire et culturel lié à leur appartenance ethnique, mais plutôt un regard géopolitique, de puissance. On n’est plus dans la défense et la culture de l’identité, on est sur un pays qui est en train de construire, dans cette crise, les futures alliances pour exister. C’est en tout cas ce que je ressens dans les villages.</p><h2>Est-ce que votre mission avec Greenlandia est remise en cause par la situation internationale ?</h2><p>Nous avons prévu l’été prochain une expédition scientifique de très haut niveau avec des laboratoires et des chercheurs, sur un voilier de recherche, toujours dans le Scoresby Fjord. Mais nous ne savons pas où nous allons. Selon les évènements, d’ici un mois, nous devrons peut-être reporter cette mission sur laquelle on travaille depuis un an et demi…</p><figure> </figure><h2>Quelles seraient les conditions pour que la situation s’améliore selon vous ?</h2><p>L’intérêt du Groenland et de l’Europe serait de monter un accord commercial avec les Etats-Unis, avec l'aval des Groenlandais, dont c’est la terre sacrée, qui soit vertueux pour les uns et les autres et qui permettent à la communauté groenlandaise d’avancer vers ses objectifs d’indépendance. Le tout, sans la faire basculer sous férule d’un nouveau colon. La menace c’est que le Groenland, qui a une chance de devenir indépendant, se fasse croquer par colon économique. Sans l’appui d’une Europe forte, ils ne pourront pas résister.</p>
Menace de Trump sur le Groenland : « En aucun cas, ils n’accepteront un nouveau colon »
Published 5 hours ago
Source: 20minutes.fr
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