Municipales 2026 : L’emprunt auprès des électeurs, nouvelle source de financement de campagne en devenir ?

Published 2 hours ago
Source: 20minutes.fr
Municipales 2026 : L’emprunt auprès des électeurs, nouvelle source de financement de campagne en devenir ?
<p>« Vous nous prêtez, <a href="https://x.com/chikirouparis/status/2013938105150026081">nous menons campagne</a> et nous vous remboursons. » De manière très simple, l’équipe de campagne de <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/sophia-chikirou">Sophia Chikirou</a>, la <a href="https://www.20minutes.fr/paris/4185623-20251114-municipales-2026-paris-sophia-chikirou-candidate-lfi-exclut-alliance-premier-tour">candidate LFI à la Mairie de Paris pour 2026</a>, résume sur les réseaux sociaux le lancement de son « emprunt solidaire ».</p><p>Pour financer du matériel, des tracts, des affiches ou même pour louer des salles, la LFI parisienne s’est fixée <a href="https://sophiapourparis.fr/pretez-victoire-sophia-chikirou/">pour objectif de collecter 100.000 euros de prêts</a>, avec un remboursement fixé à 18 mois et un taux de 0 % auprès de ses militants et sympathisants avec pour explications : « Contrairement aux macronistes, nous ne voulons pas dépendre d’intérêts privés ou faire appel à quelques grandes fortunes. Cette élection, c’est la vôtre. »</p><h2>Une pratique « légalisée » depuis 2017</h2><p>Bien que méconnue, cette pratique est bien autorisée depuis la <a href="https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000035567974">loi n° 2017-1339 du 15 septembre 2017</a> pour la confiance dans la vie politique et l’article <a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000035588884">L. 52-7-1 du Code électoral</a> qui introduit un encadrement précis pour ce type de prêt selon plusieurs conditions : « Ne pas être effectués à titre habituel », « ne pas excéder une durée de cinq ans » et être consentis « à un taux d’intérêt compris entre zéro et le taux d’intérêt légal » (6,5 % au second semestre 2025).</p><figure><iframe title="Faut-il investir dans le crowdlending ?" width="100%" height="100%" src="https://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01357940/zone/1/src/30mpkvz/showtitle/1/" frameborder="0" scrolling="no" marginwidth="0" marginheight="0" hspace="0" vspace="0" webkitallowfullscreen="true" mozallowfullscreen="true" allowfullscreen="true" allow="autoplay" referrerpolicy="no-referrer-when-downgrade"></iframe></figure><p>Comme dans le cas de dons, seules les personnes physiques ont le droit de prêter, en revanche, aucun montant maximal n’est précisé (4.600 euros maximum par candidat pour les dons).</p><p>Seule limite fixée, le montant total dû par le candidat à des personnes physiques doit être <a href="https://www.vie-publique.fr/eclairage/19544-lois-moralisation-du-15-septembre-2017-financement-des-partis">inférieur ou égal à 47,5 % du plafond des dépenses électorales</a>, soit la limite de remboursement des frais de campagnes pour les candidats qui obtiennent au moins 5 % des suffrages au premier tour.</p><h2>Le poids de l’argent dans la démocratie</h2><p>« Cette nouvelle possibilité permet aux candidats qui ont un électorat &quot;moins aisé&quot;, qui ne peut se permettre de donner, de lever des fonds pour leur campagne », explique Pierre*, analyste politique et conseiller électoral impliqué dans plusieurs campagnes des <a href="https://www.20minutes.fr/municipales/">municipales 2026</a>. En exemple, il cite LFI qui avait déjà fait <a href="https://lafranceinsoumise.fr/europeennes-2024/emprunt-populaire/">appel aux prêts en 2019</a> pour les élections européennes ou le <a href="https://www.20minutes.fr/politique/rassemblement-national/">Rassemblement national</a> qui se plaint régulièrement <a href="https://www.20minutes.fr/politique/2487159-20190402-europeennes-rassemblement-nationale-va-lancer-emprunt-aupres-francais">d’éprouver des difficultés à convaincre les banques</a> de lui prêter.</p><p>Or, plusieurs politologues ou économistes qui se sont penchés sur le sujet soulignent l’importance de l’aspect financier dans la réussite d’une campagne électorale. L’économiste Julia Cagé démontrait en 2018 dans son livre <em><a href="https://www.inegalites.fr/L-influence-disproportionnee-des-plus-riches-sur-le-debat-democratique">Le Prix de la démocratie</a> (</em>Editions<em> </em>Fayard) qu’en moyenne, plus un candidat dépense par rapport à ses concurrents dans une circonscription électorale, plus il a de chance de l’emporter. Elle avait même réussi à estimer le prix d’une voix à 32 euros.</p><p>Or, seuls 0,79 % des Français donnent chaque année (sous la forme de don direct ou de cotisation) à un parti politique. Un chiffre qui grimpe à 10 % chez le 0,01 % des Français qui ont les revenus les plus élevés. Respectivement, la valeur moyenne du don passe de 120 euros pour l’ensemble des Français à presque 5.500 euros pour les plus riches. « Et vous imaginez bien que les plus riches votent dans leur intérêt… », commente Pierre.</p><h2>Une pratique encore limitée aux proches et au réseau</h2><p>Aussi, Mathilde Haas, avocat spécialiste en droit public et droit électoral, y voit même la possibilité pour certains candidats de se lancer dans une élection : « Faire campagne, ça coûte très cher. D’abord parce que souvent, il faut mettre un peu entre parenthèses son métier. Mais parce qu’en plus il faut beaucoup dépenser pour la <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/communication">communication</a>, pour les conseillers, les salles pour les meetings… »</p><p>Vu comme ça, le prêt semble offrir une solution plus démocratique que le don. Alors pourquoi ne voit-on pas davantage de campagne comme celle lancée par Sophia Chikirou ? Pour sa campagne municipale de 2020 à Toulouse, <a href="https://www.mediacites.fr/decryptage/toulouse/2021/12/06/jean-luc-moudenc-explose-son-record-de-dons-pendant-les-municipales-2020/">Jean-Luc Moudenc</a> (LR) avait bien lancé un emprunt selon nos confrères de Médiacités, mais il s’était limité à la liste de ses colistiers en guise de prêteurs, qui ont tout de même versé 310.000 euros, avant d’être remboursés une fois la campagne terminée.</p><p>En réalité, la pratique du prêt est déjà bien établie puisque selon la <a href="https://cnccfp.fr/">Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques</a> (CNCCFP), près de 4,9 millions d’euros ont été prêtés pour la campagne des municipales en 2020. « Mais pour le moment, cela se limite aux candidats et partis qui ont de forts réseaux. Ils ont des gens autour d’eux qui ont de l’argent et à qui cela ne dérange pas de prêter de fortes sommes. C’est souvent au service de leurs idées, et puis certains peuvent proposer des taux bien supérieurs à ce qui se fait du côté des banques actuellement », précise Mathilde Haas.</p><h2>« Peut-être une manière de retrouver une place dans le débat politique »</h2><p>Dans les rouages du système, Pierre confirme : « L’une de nos missions est d’aller chercher de l’argent. Et c’est vrai que pour les dons, comme pour les prêts, nous ciblons d’abord le réseau. C’est plus facile de solliciter des personnes fortunées qui peuvent prêter quelques milliers, ou dizaines de milliers d’euros que de mobiliser des gens qui ne pourront donner qu’une dizaine d’euros. C’est une question d’efficacité. »</p><figure><a href="https://www.20minutes.fr/municipales/">Retrouvez ici notre dossier sur les élections municipales de 2026</a></figure><p>Il concède toutefois que la pratique a de l’avenir : « Dans une société qui est la nôtre où les électeurs se sentent de plus en plus dépossédés de leur destin, l’investissement de petites sommes dans un candidat auquel on croit peut être une manière de retrouver une place dans le débat politique. C’est comme si on vous disait que votre vote pesait plus. » Mathilde Haas dresse le même constat : « La pratique gagne à être connue et peut-être qu’en voyant ces initiatives, d’autres candidats y verront le potentiel pour dynamiser leur campagne. »</p><p><em>* Le prénom a été changé à la demande de l’intéressé</em></p>