« Une erreur de manipulation »… Le sénateur Joël Guerriau jugé pour avoir drogué à son insu la députée Sandrine Josso

Published 2 hours ago
Source: 20minutes.fr
« Une erreur de manipulation »… Le sénateur Joël Guerriau jugé pour avoir drogué à son insu la députée Sandrine Josso
<p>Le 14 novembre 2023, le nom de <a href="https://www.20minutes.fr/societe/gisele-pelicot/">Gisèle Pelicot</a> est encore inconnu du grand public. Les dates du procès de son mari – son bourreau, plutôt – et des <a href="https://www.20minutes.fr/societe/4142484-20250307-journee-droits-femmes-jamais-seules-gisele-pelicot-adresse-victimes-abus-sexuels">cinquante hommes accusés de l’avoir violée</a> alors qu’elle avait été préalablement sédatée ne sont même pas encore fixées. Au même moment, pourtant, une autre affaire va contribuer à mettre sur le devant de la scène le fléau de la <a href="https://www.20minutes.fr/societe/soumission-chimique/">soumission chimique</a>. La députée Sandrine Josso accuse son homologue du Sénat, <a href="https://www.20minutes.fr/faits_divers/4159485-20250620-soumission-chimique-tete-tournait-senateur-joel-guerriau-vise-nouveau-temoignage">Joël Guerriau, de l’avoir droguée à son insu dans le but d’abuser sexuellement d’elle</a>.</p><figure><img src="https://img.20mn.fr/QsHm2VJ-SCiMejVdHx089ik/960x0_media.jpg" alt="null"></figure><p>Un peu plus de deux ans après cette retentissante affaire, les deux élus vont pour la première fois se retrouver ces lundi et mardi face à face. Dans le prétoire, cette fois. <a href="https://www.20minutes.fr/politique/4159370-20250619-joel-guerriau-senateur-indemnise-malgre-mise-examen-institution-vraiment-marge-man-uvre">Joël Guerriau comparaît devant le tribunal correctionnel de Paris</a> pour « administration d’une substance » dans le but de commettre un viol ou une agression sexuelle et « détention de stupéfiants ». L’ex-sénateur de Loire-Atlantique, qui appartenait au mouvement centriste Horizons, est accusé d’avoir <a href="https://www.20minutes.fr/justice/4147541-20250408-soupcons-soumission-chimique-proces-requis-contre-senateur-joel-guerriau">dilué de la MDMA pure à 91,1 % dans son verre dans le but d’abuser d’elle</a>. Lui, jure qu’il n’avait aucune mauvaise intention.</p><h2>Un champagne étonnamment sucré</h2><p>Ce soir-là, Joël Guerriau avait invité Sandrine Josso, députée Modem, à venir fêter chez lui à Paris sa récente réélection. Tous deux sont élus dans le même département et se connaissent depuis une dizaine d’années. Seule invitée, Sandrine Josso est accueillie avec une coupe de champagne, qu’elle trouve étonnamment sucrée. Aux magistrats, l’élue a confié avoir, dès les premières gorgées, ressenti des « sortes de décharges » au niveau du cœur. Ses jambes flageolent, elle se sent confuse. Surtout, elle trouve le comportement de son hôte « bizarre » : il joue avec l’interrupteur, plongeant parfois la pièce dans le noir puis rallumant la lumière très fortement. En allant chercher un verre d’eau dans la cuisine, elle aperçoit le sénateur « un sachet blanc dans la main », qu’il cache précipitamment sous le plan de travail. De la MDMA, que les enquêteurs retrouveront sur ses indications, lors de la perquisition.</p><p>« Terrorisée » en comprenant qu’elle a été droguée, Sandrine Josso commande un taxi et part tant bien que mal. Selon son récit, Joël Guerriau tente de la convaincre de rester, la suit même dans l’ascenseur et jusque dans la rue. Son taxi la conduit à l’Assemblée nationale mais à peine arrivée, elle est emmenée à l’hôpital. Les analyses toxicologiques mettent en lumière 388 ng/ml d’ecstasy dans le sang, le double de la quantité dite « récréative ». Elles montrent également une absence de stupéfiants pendant les sept mois qui ont précédé cette soirée.</p><h2>Joël Guerriau plaide l’erreur</h2><p>En garde à vue puis lors de la confrontation, le sénateur a nié en bloc avoir cherché à abuser de sa consœur. Dans une défense quelque peu hasardeuse, Joël Guerriau explique qu’il ignorait que la poudre blanche qu’il détenait était de la drogue. Lui, jure qu’il était persuadé qu’il ne s’agissait que d’un « tranquillisant » acheté auprès d’un collègue du Sénat dont il a toujours tait le nom. A l’époque, insiste-t-il, il traverse une période sombre. La campagne des sénatoriales l’a épuisé, son chat est sur le point de décéder et il a appris qu’un de ses amis était en récidive d’un cancer. La veille des faits, il aurait donc décidé de consommer ce « tranquillisant ». Selon son récit, il verse un peu de poudre au fond d’une coupe puis se ravise et sort prendre l’air. Le lendemain, c’est dans ce même verre qu’il sert son invitée, « oubliant » la présence de ce « tranquillisant ».</p><p>Dans cette affaire, ce n’est pas tant la présence de drogue qui est discutée que l’intention. Si « aucun geste d’intimité ou à caractère sexuel n’a été relaté », les magistrats instructeurs ont estimé que les « agissements » du sénateur étaient « compatibles avec ceux d’une personne ayant une intention sexuelle ». En témoigne notamment le cadre « intimiste » de ce rendez-vous. Les soupçons sont également appuyés par ses recherches en ligne le mois précédant les faits : « vente ghb », « achat ghb gbl », « où se procurer de l’ecstasy ». Lui, a expliqué avoir fait des recherches pour la fille d’un ami. Quant au jeu de lumière – qui pourrait accélérer les effets de la drogue – il affirme qu’il s’agissait d’un « tour de magie ». Contacté, son avocat n’a pas donné suite.</p><p>Si le sénateur - élu depuis 2011 - a rapidement été suspendu de son parti et du groupe parlementaire Les Indépendants, il n’a démissionné du Sénat qu’en octobre 2025. Un choix qu’il a justifié comme politique et sans rapport avec les accusations judiciaires dont il fait l’objet. Il encourt cinq ans de prison pour administration de substance, et jusqu’à dix ans pour détention de stupéfiants.</p>