« Ubisoft est un peu le dernier de la classe »… La crise chez le développeur était-elle prévisible ?

Published 2 hours ago
Source: 20minutes.fr
« Ubisoft est un peu le dernier de la classe »… La crise chez le développeur était-elle prévisible ?
<p>Ubisoft vit une période sombre. <a href="https://www.20minutes.fr/high-tech/4197319-20260121-ubisoft-annule-developpement-six-jeux-video-dont-remake-prince-of-persia-sables-temps">Le développeur français a annoncé ce 21 janvier l’annulation de six projets et la fermeture de deux studios.</a> Une situation chaotique expliquée par une perte opérationnelle d’un milliard d’euros. L’entreprise a donc lancé un plan de relance massif pour remonter la pente. Cette descente en enfer, certains analystes la voyaient déjà venir. En novembre dernier, <a href="https://www.20minutes.fr/gaming/jeux_video/4185624-20251114-jeux-video-cours-suspendu-bourse-rumeurs-rachat-passe-chez-ubisoft">Ubisoft avait reporté à la dernière minute la publication de ses résultats semestriels</a> et avait demandé une suspension à la Bourse de Paris. Ce choix était déjà un signal d’alarme qui annonçait l’incendie. Mais pour Stéphane Rappeneau, professeur en économie du jeu vidéo, les premiers indicateurs étaient antérieurs à ces événements.</p><figure><iframe title="Fortnite : la machine à featurings et crossovers improbables" width="100%" height="100%" src="https://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01357940/zone/1/src/3szq8mz/showtitle/1/" frameborder="0" scrolling="no" marginwidth="0" marginheight="0" hspace="0" vspace="0" webkitallowfullscreen="true" mozallowfullscreen="true" allowfullscreen="true" allow="autoplay" referrerpolicy="no-referrer-when-downgrade"></iframe></figure><blockquote>« Quand on regarde la rentabilité par employé en 2023, on se rend vite compte qu’Ubisoft est un peu comme le dernier de la classe, explique Stéphane Rappeneau. Alors que certains grands studios concurrents généraient entre 500.000 et 700.000 dollars par salarié, Ubisoft restait sous la barre des 100.000 dollars. Le plus problématique, c’est que le studio, cette année-là, possédait un effectif d’environ 19.000 employés, contre environ 10.000 à 13.000 pour les autres studios. Avoir une immense équipe, c’était autrefois la force d’Ubisoft. Maintenant, c’est devenu un handicap. » </blockquote><p>Un tel écart n’est pas soutenable à long terme, surtout dans une industrie où les coûts explosent et où la concurrence mondiale s’intensifie.</p><h2>Ubisoft perd petit à petit son statut de pilier du jeu vidéo</h2><p>Cette inefficacité se traduit directement dans sa valorisation. D’après Stéphane Rappeneau, Ubisoft ne vaut plus que 0,6 milliard d’euros, une valeur divisée par douze en cinq ans. À titre de comparaison, CD Projekt Red, le studio polonais derrière <em>Cyberpunk 2077 </em>et <em>The Witcher 3 : Wild Hunt </em>et ses 800 employés, affiche une valorisation de 5,7 milliards d’euros.</p><p>Ce déséquilibre se reflète dans la performance de leurs jeux. Les franchises historiques, comme <em><a href="https://www.20minutes.fr/high-tech/jeux_video/diaporama-4143766-assassin-creed-shadows-classe-tous-assassin-creed-plus-oubliable-plus-kiffant">Assassin’s Creed</a></em>, s’essoufflent. Le dernier <em>Assassin’s Creed Shadows</em> s’est vendu à environ 5 millions d’unités, loin des standards attendus pour un blockbuster au budget colossal. Pendant ce temps, des studios asiatiques ou européens produisent des jeux avec des équipes bien plus petites, parfois une centaine de personnes, mais avec un succès commercial et critique.</p><p>C’est notamment le cas de <em><a href="https://www.20minutes.fr/high-tech/jeux_video/4107430-20240830-black-myth-wukong-jeu-video-sert-propagande-antifeministe-prochinoise">Black Myth : Wukong</a></em>, vendu à plus de 25 millions d’exemplaires. Ubisoft, malgré ses moyens colossaux, peine à générer des hits capables de justifier ses coûts. Et la plupart de ses nouvelles productions n’atteignent plus le public qu’elles visaient, notamment les récents <em><a href="https://www.20minutes.fr/high-tech/jeux_video/4107328-20240828-star-wars-outlaws-ubisoft-offre-nouvel-espoir">Star Wars Outlaws</a> </em>ou encore<em> Skull and Bones</em>. L’annulation du remake <em>Prince of Persia : Les Sables du Temps</em> laisse aussi un goût amer aux fans du premier jeu sorti en 2003.</p><h2>Un impact limité sur le reste de l’industrie</h2><p>Cette crise majeure chez Ubisoft aura cependant un impact limité sur le reste de l’industrie, d’après Stéphane Rappeneau. « La chute d’Ubisoft ne va pas déstabiliser l’écosystème global du jeu vidéo, mentionne-t-il. Les licenciements, les fermetures de studios et les annulations de projets touchent surtout Ubisoft et ses employés. L’entreprise s’est elle-même enfermée dans un modèle coûteux et peu flexible. »</p><figure> </figure><figure><a href="https://www.20minutes.fr/gaming/">L'actualité Gaming</a></figure><p>« L’énorme impact de cette crise se répercutera sur le marché local, en France. Les employés français auront beaucoup de mal à retrouver un emploi. Surtout si Ubisoft programme 1.000 à 2.000 départs. L’industrie dans son ensemble ne souffrira pas. Ubisoft se retrouve simplement à payer le prix de ses choix passés, tandis que les autres studios continuent leur ascension. »</p>