<p><strong>De notre envoyé spécial à Bruxelles,</strong></p><p>Il est de ces résolutions qui nous mettent directement à l’épreuve. A peine le 6 janvier et Gabriel grelotte sous la neige en maudissant ses vœux de la nouvelle année. Il fût un temps où face aux températures négatives, le jeune homme aurait volontier avalé une pinte de Chouffe comme on enfile un pull pour se réchauffer. Mais en 2026, il a décidé d’arrêter l’<a href="https://www.20minutes.fr/dossier/alcool">alcool</a>, et le voilà à devoir affronter le grand froid hivernal sans la moindre goutte d’éthanol.</p><p>Comme lui, la Belgique se tourne petit à petit vers la sobriété. A Bruxelles, les cafés sont bien plus bondés que les bars, remplis en majorité de touristes. Le local, lui, se fait rare entre les tablées. En 1989, un Belge buvait en moyenne 121 litres de <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/biere">bière</a> par an. 100 litres en 1999. 75 en 2014. 57 en 2023… ce qui n’en fait que le 18e consommateur de l’<a href="https://www.20minutes.fr/dossier/ue">Union européenne</a>. Depuis des décennies, les<a href="https://www.20minutes.fr/dossier/brasserie"> brasseurs</a> se penchent donc sur ce phénomène qui assèche la soif. « Chaque année, ce sont 125.000 hectolitres qui disparaissent », ne peut que constater Krishan Maudgal, président de la Fédération des brasseurs belges. Soit 30.000 pintes laissées derrière le comptoir chaque jour.</p><figure><iframe title="Un dernier verre et j'arrête l'alcool !" width="100%" height="100%" src="https://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01357940/zone/1/src/x0xf3kf/showtitle/1/" frameborder="0" scrolling="no" marginwidth="0" marginheight="0" hspace="0" vspace="0" webkitallowfullscreen="true" mozallowfullscreen="true" allowfullscreen="true" allow="autoplay" referrerpolicy="no-referrer-when-downgrade"></iframe></figure><h2>Tibo InShape est-il plus fort que la bière belge ?</h2><p>« Mon grand-père ne manquait jamais une occasion de boire une bière, et il y avait toujours une occasion, se remémore Gabriel. Même lorsqu’il nous amenait à l’école, il prenait une bière de table ». C’est le nom donné, en Belgique, à des bières très faibles en alcool (moins de 2 degrés) qu’on servait aussi aux enfants jusque dans les années 1980. Romain constate le même gap entre les générations dans son entreprise : « Lors des lunchs, les trentenaires comme moi ne prennent quasiment pas d’alcool, au contraire des employés cinquantenaires. Et lorsque j’ai annoncé que je faisais un <a href="https://www.20minutes.fr/societe/dry-january/">Dry</a> en novembre, ce sont eux qui m’ont le plus fait de remarques. Les gens de mon âge comprenaient. »</p><p>Moins de bière en toutes circonstances, donc. Et même dans un cadre festif, le breuvage est en train de se faire détrôner. Apérol Spritz, Gin Tonic, Martini… « Chaque année voit sa nouvelle mode apéro », constate Krishan Maudgal, de la fédération. Et en parlant de mode, la vague <em>healthy </em>s’est aussi emparée du pays.<em> </em>A la salle d’escalade de la ville, Louis avoue avoir drastiquement réduit sa consommation dans l’espoir de retrouver ses abdos, portés disparus depuis ses années étudiantes. « L’alcool, c’est l’ennemi du sport, surtout la bière belge », réputée comme bien grassouillette. « Ca sert à rien de se tuer à la salle si c’est pour tout gâcher en deux pintes ». Olivier de Brauwere, cofondateur du Brussel Beer Project, l’une des plus grandes brasseries artisanale de Belgique, note « un rapport plus sain au corps, influencé par des vidéastes comme Tibo InShape, qui a beaucoup de succès chez nous ».</p><h2>« On ne boit plus pour se massacrer la gueule »</h2><p>Chouffe, Triple Karmeliet, Chimay et autres bières d’abbayes ont fait la réputation de la <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/belgique">Belgique</a>, notamment pour leur haut degré d’alcool. Mais cette puissance en a peut-être détourné plus d’un. « On est plus vite dégoûté de la bière en en consommant des fortes », philosophe Gabriel. « Les Anglais continuent à boire la Guinness pendant que nous, on a fini par se lasser ».</p><p>« Des années 1980 jusqu’à 2015, les brasseurs sortaient à chaque fois des bières plus fortes que la précédente, pour vendre un goût toujours plus marqué », retrace Krishan Maudgal. L’idée d’une équation linéaire entre haut degré d’alcool et goût plus marqué a désormais fait son temps. Après des décennies de surenchère, le pays rétropédale et cherche à créer des bières d’abbaye ou trappistes avec du goût mais en dessous des 6, voire 5 degrés.</p><figure><img src="https://img.20mn.fr/NPo4_n4FRLK7GziqGCtm6ik/960x0_media.jpg" alt="[object Object]"></figure><p>« Aujourd’hui, on ne boit plus pour se massacrer la gueule », estime Matthieu Allain, cofondateur de la brasserie <em>La Bagarre</em>. Ses cuves ne comptent qu’une seule triple, « tradition oblige », et la majorité de son business tourne avec des bouteilles à 4 ou 5 degrés. Il vend même une pinte « low alcool » à moins de 3 degrés.</p><h2>« Une Saison Dupont, ça reste une Saison Dupont »</h2><p>Plus fort encore : 20 % des 125.000 hectolitres vendus par le Brussel Beer Project sont sans alcool. Sa tête d’affiche n’est pas une trappiste, mais une IPA à 6 degrés. Et cela n’a été rendu possible que parce que le Brussel Beer Project est nouveau sur le marché et peut sortir des traditions, pense Olivier de Brauwere. « Le marché belge est clairement plus tourné vers le passé. Une bière qui existe depuis cent cinquante ans et six générations, tu ne peux pas la changer comme ça ou l’adapter au marché. Une Saison Dupont, on ne va pas la tuer ou la changer. Une saison Dupont, c’est une saison Dupont, point final. »</p><p>La France, moins biérologue, apparaît parfois comme une terre plus douce pour innover. « Le secteur a été plutôt bienveillant, assure-t-il, même si au moment de proposer une sans alcool ou une IPA au pays de la Pils, « certains nous ont regardés avec des gros yeux ». Aujourd’hui, 100 des 1.600 bières produites en Belgique sont sans alcool, et c’est le seul secteur en progression.</p><figure><img src="https://img.20mn.fr/WOUekkasR-GazHkmRBfJFik/960x0_media.jpg" alt="[object Object]"></figure><p>Enfin, le prix a considérablement augmenté, note les acteurs du secteur (et les consommateurs). Electricité, matière première, logement… Tout flambe, et c’est la bière qui trinque. A Gist, un bar de la ville spécialisé dans la Craft, le gérant note « une explosion du coût, qui creuse l’écart avec les marques industrielles et réduit les marges. Forcément, ça se répercute sur le prix ».</p><h2>Un abandon des politiques ?</h2><p>Pour compenser les baisses de consommation, les brasseurs doivent se réinventer, et proposent des formats alternatifs. « En vérité, tout le monde peut créer de la bière, ce n’est pas très facile », avoue Matthieu Allain. « Mais la vendre, ça c’est difficile ». Sa brasserie propose à manger, des jeux de société, des soirées karaokés… A Gist, on vend des circuits dégustations ou brassage, car « on regarde moins le prix pour une activité culturelle typique belge que pour se mettre une mine ». Une diversification qui amène parfois le serpent à se mordre la queue. « Vu que chaque brasserie propose désormais un ''concept'', les prix explosent encore plus, avec la moindre bouteille de 33 centilitres à 5 euros », remarque Romain, nostalgique. « Avant, quand j’allais à Paris et j’étais choqué de vos prix. Une pinte à 9 euros, c’était impensable. On s’en rapproche de plus en plus. »</p><p>Acculé, le secteur trinque. L’année dernière, six des 411 brasseries du pays ont fermé leurs portes. Le chiffre peut sembler insignifiant, mais cela constitue la première baisse en quinze ans. Krishan Maudgal l’assure : d’autres fermetures sont à redouter, et les cinq-dix prochaines années s’annoncent noires pour les vendeurs de blondes, de brunes et de blanches. Depuis 2006, la bière belge se vend certes plus à l’exportation que localement. Mais même là, une baisse se fait sentir. Depuis 2019, le nombre d’hectolitres vendus à l’international baisse. A cause du prix, toujours, de la baisse de consommation d’alcool sur le continent, mais aussi de l’essor des brasseries dans les autres pays.</p><p>Patrimoine culturel immatériel de l’humanité à l’<a href="https://www.20minutes.fr/dossier/unesco">Unesco</a>, la bière belge se sent parfois abandonnés par les politiques. L’Etat multiplie les campagnes de préventions, les contrôles d’alcoolémie sur la route, les mesures. Une bonne chose, assure le secteur. Même si… En 2024, la fédération des brasseurs a demandé au gouvernement de veiller à ce que « le débat autour de l’alcool et de la santé ne bascule pas davantage vers des positions extrêmes ». Matthieu Allain, qui se dit apolitique, ne dirait pas non à un peu plus de soutien. Pour toute aide, la mairie l’a autorisé à prolonger de deux mois la terrasse en extérieur. « En décembre et janvier, bon… » Pourtant, il l’assure, il faudra bien sauver le soldat bière. L’époque est anxiogène, il fait froid dehors, la crise frappe… « Si on nous enlève la bière, que reste-t-il ? »</p><figure> </figure><p><em>L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.</em></p>
« Au lunch, les trentenaires ne prennent plus d’alcool »… Pourquoi les Belges boivent de moins en moins de bière ?
Published 2 hours ago
Source: 20minutes.fr
Related Articles from 20minutes.fr
27 minutes ago
La club de la Fiorentina annonce le décès de son propriétaire Rocco Commisso
43 minutes ago
Oise : 4,5 millions d’euros d’avoirs criminels dont un château saisis dans une affaire de vols de câbles
57 minutes ago
Décès du dramaturge et peintre franco-suisse Valère Novarina à 83 ans
1 hour ago
Le régulateur américain met en garde à cause d'« activités militaires » au-dessus du Mexique et de l’Amérique centrale
1 hour ago
L’Hérault placé en vigilance orange pluie-inondation à partir de ce soir
1 hour ago