Uniforme à l’école : La fin d’une expérimentation lancée en grande pompe ?

Published 7 hours ago
Source: 20minutes.fr
Uniforme à l’école : La fin d’une expérimentation lancée en grande pompe ?
<p>C’est une disparition qui n’a pas fait beaucoup de tapage, ni connu d’annonce officielle. Et qui n’est d’ailleurs pas encore certaine. Mais la poursuite de<a href="https://www.20minutes.fr/societe/4077637-20240226-uniforme-ecole-inegalites-violence-notes-disent-etudes-effets-tenue-unique"> l’expérimentation de l’uniforme à l’école</a>, voire sa généralisation, a du plomb dans l’aile. Et tout porte à croire que l’Etat ne mettra plus d’argent dans cette politique à la rentrée 2026.</p><p>Rembobinons : c’est le ministre de l’<a href="https://www.20minutes.fr/dossier/education_nationale">Education nationale</a> de l’époque, Gabriel Attal, <a href="https://www.20minutes.fr/societe/4065586-20231206-uniforme-ecole-gabriel-attal-annonce-prochaine-experimentation-grande-ampleur">qui avait annoncé fin 2023</a> la prochaine mise en place d’une « expérimentation d’ampleur » sur le port de l’uniforme à l’école, dans diverses collectivités locales, pour mesurer scientifiquement l’efficacité d’une telle mesure.</p><figure><iframe title="Uniformes à l'école : "ça permet d'abraser les différences sociales entre les enfants"." width="100%" height="100%" src="https://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01357940/zone/1/src/x30l8mk/showtitle/1/" frameborder="0" scrolling="no" marginwidth="0" marginheight="0" hspace="0" vspace="0" webkitallowfullscreen="true" mozallowfullscreen="true" allowfullscreen="true" allow="autoplay" referrerpolicy="no-referrer-when-downgrade"></iframe></figure><h2>Pas de visibilité sur le soutien de l’Etat</h2><p>Dans les faits, seule une centaine d’établissements scolaires avaient revêtu l’uniforme à la rentrée scolaire 2025, et <a href="https://www.20minutes.fr/societe/4076924-20240218-uniforme-ecole-seuls-87-etablissements-vont-finalement-tester-annonce-nicole-belloubet">environ 90 l’année précédente</a>. Mais elle a été abandonnée par certaines collectivités qui anticipaient un désengagement de l’Etat accaparé par d’autres priorités budgétaires.</p><p>« Nous avons été les premiers à dire oui, nous avons financé, nous avons expérimenté dans deux de nos lycées avec des tenues made in France », <a href="https://www.20minutes.fr/societe/4142129-20250306-uniforme-ecole-peine-porte-va-finir-placard">avançait en mars dernier le président de la région Sud Provence-Alpes-Côte d&#x27;Azur, Renaud Muselier</a>. « Mais sans visibilité sur un éventuel soutien de l’État, il aurait été irresponsable d’engager 44 millions d’euros, soit le prix d’un lycée neuf, pour une généralisation dans tous nos lycées régionaux. »</p><h2>Pas de ligne budgétaire</h2><p>Les débats sur le budget 2026 sont venus mettre un autre coup de massue au projet. Dans le texte discuté jusqu’au 19 décembre 2025, les crédits pour l’uniforme avaient quasiment disparu, en même temps que la quasi-totalité <a href="https://www.education.gouv.fr/conseil-national-de-la-refondation-notre-ecole-faisons-la-ensemble-343168">du programme éducatif du Conseil national de la refondation</a>, dont ils dépendaient. Certes, ce projet de budget n’a finalement pas été voté, et <a href="https://www.20minutes.fr/politique/4193000-20251223-zero-vote-contre-assemblee-nationale-adopte-loi-speciale-budget-ultime-roue-secours">a été remplacé à la fin de l’année par une loi spéciale</a>, qui assure tout juste la continuité de l’Etat. Mais de l’avis des spécialistes, on voit mal la ligne budgétaire sur l’uniforme refaire surface.</p><p>« Je ne donne pas cher de la poursuite de l’aventure même si rien n’est annoncé officiellement », indique Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU. « Rien n’a été officiellement annoncé », lâche seulement de son côté le service de communication du ministère de l’Education nationale.</p><h2>Adultisme</h2><p>A gauche, nombreux sont ceux qui se réjouissent de la fin possible de cette expérimentation. « C’est une excellente chose de cesser de dilapider des sous pour des lubies alors que nous avons les classes les plus chargées d’Europe avec les enseignants et enseignantes parmi les moins bien payées et avec des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) sans statut et sous-payées », commente Arnaud Bonnet, député LFI et ancien professeur.</p><p>« A Metz, en deux ans d’expérimentation, le conseil municipal des enfants n’a jamais été consulté<a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/12/19/l-experimentation-de-l-uniforme-a-l-ecole-s-est-faite-au-mepris-de-la-liberte-des-enfants_6658638_3232.html">, indiquait pour sa part dans une tribune Denis Marchetti, conseiller municipal (Les Ecologistes) de la ville</a>. Comment ne pas voir que l’expérimentation de l’uniforme, cet habit unique et obligatoire imposé aux enfants au mépris total de leur liberté vestimentaire, et donc de leur liberté d’expression, a été un révélateur flagrant de l’adultisme* structurel de notre société ? »</p><p>L’idée de l’uniforme fut lancée « en 1793 par l’aile la plus révolutionnaire, égalitariste et universaliste des représentants du peuple », <a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/01/04/l-europe-continentale-est-la-seule-zone-geographique-au-monde-ou-l-uniforme-scolaire-n-est-pas-la-norme_6660501_3232.html">lui rétorque le sociologue Jean-Claude Kaufmann</a>. « Et c’est pour sa fonction sociale et inclusive en direction des plus modestes qu’il est majoritairement plébiscité dans le monde aujourd’hui », ajoute l’universitaire. Quand bien même l’expérimentation s’arrêterait à la rentrée 2026, le sujet n’a pas fini de faire couler de l’encre.</p><p><em>* défini comme « le pouvoir physique et légal que les adultes ont sur les enfants, fondé sur la croyance en une infériorité naturelle des mineurs »</em></p>