<p>Sous son manteau de neige, l’immensité tranquille du <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/groenland">Groenland </a>fait couler beaucoup d’encre. L’appétit de <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/donald_trump">Donald Trump</a> pour <a href="https://www.20minutes.fr/monde/etats-unis/4194523-20260106-groenland-devons-paniquer-dit-premier-ministre-face-menaces-trump">cette île du cercle polaire s’accroît au fil du temps.</a> « Au départ [lors de son premier mandat], les velléités de Trump étaient considérées comme quelque chose de fantasque, mais <a href="https://www.20minutes.fr/monde/etats-unis/4194368-20260105-groenland-ca-suffit-maintenant-premier-ministre-furieux-apres-nouvelles-menaces-trump">aujourd’hui c’est bien plus pris au sérieux</a> » sur ce territoire autonome du <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/danemark">Danemark</a>, assure Emmanuel Hache, adjoint scientifique à IFP énergie nouvelle et auteur de <em>Géopolitique des matières premières</em> (2025, ed. Eyrolles).</p><p>De l’administration Trump en passant par les pays européens dont, bien entendu, le Danemark, chacun revendique sa position. Sans que la voix des Groenlandais ne soit vraiment mise en lumière. Sur ce territoire immense vivent pourtant quelque 56.000 personnes, dont une grande majorité est de descendance inuite. L’équivalent d’une ville de la taille de Narbonne ou de Vannes répartie sur une terre gelée d’une superficie quatre fois plus grande que l’Hexagone.</p><h2>Le refus massif d’une annexion américaine</h2><p>Contrairement à Donald Trump, il est difficile pour les Groenlandais d’imaginer un futur sous pavillon américain. Fin janvier 2025, <a href="https://www.veriangroup.com/news-and-insights/opinion-poll-greenland-2025">un sondage du groupe Verian montrait que 85 %</a> des Groenlandais ne souhaitaient pas quitter le Danemark et intégrer les Etats-Unis. Seuls 6 % y étaient favorables. Au fil des décennies, les Groenlandais se sont affranchis de l’autorité de Copenhague, qui a progressivement lâché la bride.</p><p>L’île est ainsi autonome et en possession de son propre parlement depuis 1979 et depuis 2009, l’autorité renforcée (ou « self-rule ») est entrée en vigueur. En des termes simples, le droit à l’autodétermination du Groenland a été reconnu et le territoire dispose d’une large autonomie. « Les Groenlandais ne veulent pas troquer une dépendance danoise pour une dépendance américaine », assure Emmanuel Hache.</p><h2>La sphère politique opposée à la prédation américaine</h2><p>D’après Arthur Amelot, consultant indépendant et membre du Comité national français des recherches arctiques et antarctiques, cette position se ressent également dans la sphère politique. « Tous les partis du Groenland sont pour l’indépendance du Groenland vis-à-vis du Danemark mais pas pour tomber sous la domination des Etats-Unis <a href="https://www.slate.fr/societe/lexplication/groenland-quitte-ancetre-union-europeenne-cee-1985-trump-peche-europe-danemark">ou même au sein de l’UE.</a> Depuis mars 2025, le Groenland a une nouvelle coalition constituée de quatre partis dont Demokraatit et Inuit Ataqatigiit. Ils ont fait il y a quelques mois une déclaration affirmant être ouverts à la coopération et aux investissements étrangers mais refuser cette rhétorique de contrôle ou d’achat du Groenland », explique-t-il.</p><p><a href="https://www.bbc.com/news/articles/c4gpgqqzqymo">Dans les colonnes de la BBC, Janus Chemnitz Kleist, </a>responsable informatique pour le gouvernement du Groenland note même que certains Groenlandais « qui avaient auparavant une attitude positive envers le resserrement des liens avec les Etats-Unis ont commencé à reconsidérer leur position. » Ce que confirme Arthur Amelot : « Même l’opposition, qui était très proche des Etats-Unis jusqu’à récemment, a suivi la ligne de la coalition sur cette question avec une ouverture à la coopération économique, mais un rejet de l’annexion. »</p><h2>Une difficile indépendance financière</h2><p>Présentée comme un eldorado minier et un carrefour stratégique majeur, le Groenland se situe à la croisée des continents. « Il ne se considère ni américain à proprement parler, ni européen, mais comme une nation arctique. Quelque 80 % de la population groenlandaise ont des origines inuites. Il y a un véritable sentiment d’appartenance à cette culture inuit et une volonté d’indépendance pour ce peuple », assure Arthur Amelot. La révélation d’une campagne de pose forcée de stérilets à la moitié des jeunes femmes et filles de l’île (nombre d’entre elles étaient mineures) dans les années 1960 et 1970 a attisé le désir d’indépendance. A ce scandale s’est ajoutée la découverte de l’adoption de centaines d’enfants groenlandais par des familles danoises sous des motifs fallacieux.</p><p>Les obstacles à l’indépendance restent toutefois nombreux. Le PIB de l’île n’est que de 3,3 milliards par an, à titre de comparaison, <a href="https://www.worldometers.info/fr/pib/pib-par-pays/">ce chiffre est inférieur à celui des Îles Féroé</a>. « La subvention danoise représente entre 450 et 520 millions d’euros par an, soit la moitié des recettes publiques. Le principal blocage, c’est la peur de ne pas avoir les moyens d’assurer cette indépendance », explique Emmanuel Hache. En parallèle,<a href="https://www.20minutes.fr/monde/etats-unis/4194814-20260107-groenland-face-menaces-donald-trump-europe-aucun-levier-diplomatique-economique-militaire"> les menaces à la souveraineté du Groenland</a> pourraient, encore, ralentir le chemin vers l’indépendance.</p><figure> </figure><p>Heureusement pour le territoire polaire, d’autres voix tentent de calmer le jeu à Washington. « Personne ne parle d’utiliser la force militaire au Groenland », a ainsi assuré le président républicain de la Chambre américaine des représentants, Mike Johnson, ce mercredi. D’autres voies sont toujours possibles pour accroître l’influence américaine au Groenland. « Si ce sont les ressources qui intéressent les Américains, les Groenlandais leur disent depuis 2010 qu’ils sont les bienvenus pour investir. Quant à la question militaire, il existe depuis 1951 un accord de défense entre les Etats-Unis et le Danemark qui autorise l’établissement d’infrastructures militaires américaines au Groenland », explique Arthur Amelot. Une troisième voie bien plus démocratique.</p>
Groenland : Face au rêve d’annexion de Trump, les habitants de l’île défendent leur autonomie, faute d’indépendance
Published 1 day ago
Source: 20minutes.fr
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