<p>Pendant un demi-siècle, Rachel Le Nan s’est crue seule. Persuadée que la personnalité préférée des Français des années 1990 avait eu « un moment d’égarement » ce jour de 1974. Mais quand, plus de cinquante ans après, en vacances en Bretagne, la sexagénaire entend à la radio les mots « appel à témoins » et « <a href="https://www.20minutes.fr/societe/abbe-pierre/">Abbé Pierre</a> », elle comprend que <a href="https://www.20minutes.fr/societe/4162962-20250710-affaire-abbe-pierre-masturbation-fellation-forcees-mineurs-fait-point-nouvelles-accusations">le fondateur d’Emmaüs a fait d’autres victimes</a> et ressent comme une « déflagration ».</p><p>Dans son livre <em>Et pourtant, tout le monde savait</em> (City Editions), sorti ce 2 janvier, Rachel Le Nan cherche à comprendre son histoire et <a href="https://www.20minutes.fr/societe/4115380-20241014-abbe-pierre-archives-eglise-levent-voile-grand-malade-mental">le silence des hommes d’Eglise</a>. Elle explique avoir été violée et agressée sexuellement de ses 8 à ses 13 ans par son beau-père René, un proche de l’Abbé Pierre. Elle accuse aussi le fondateur d’Emmaüs d’avoir abusé d’elle à deux reprises alors qu’elle n’avait que 8 ans.</p><figure><iframe title="L'Abbé Pierre : Agressions sexuelles, viols, le Vatican savait depuis 1955" width="100%" height="100%" src="https://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01357940/zone/1/src/xpl8s8r/showtitle/1/" frameborder="0" scrolling="no" marginwidth="0" marginheight="0" hspace="0" vspace="0" webkitallowfullscreen="true" mozallowfullscreen="true" allowfullscreen="true" allow="autoplay" referrerpolicy="no-referrer-when-downgrade"></iframe></figure><h2>« Il a fourré sa langue au fond de ma gorge »</h2><p>Rachel a grandi auprès de parents à l’existence cabossée. <a href="https://www.20minutes.fr/sante/4028946-20230322-deviens-parent-pere-olivia-leray-raconte-enfance-aupres-pere-addict-alcool">Son père souffre d’une addiction à l’alcool</a>. Sa mère d’<a href="https://www.20minutes.fr/societe/4149715-20250506-pouvais-plus-lever-laver-manger-parler-humoriste-constance-revient-depression#:~:text=Constance%20avait%20d%C3%A9j%C3%A0%20%C3%A9voqu%C3%A9%20sa,souffre%20d'un%20trouble%20bipolaire.">épisodes dépressifs</a> aussi fréquents que sévères. Un jour de printemps 1974, « Monsieur René », un ami de sa mère, futur beau-père et tuteur légal de la fillette, l’emmène voir l’Abbé Pierre en région parisienne. « Un grand monsieur », explique le membre d’Emmaüs à la petite, qui sait que c’est grâce à cette fondation qu’elle peut s’habiller. Dans son livre, Rachel raconte qu’elle est laissée seule avec l’Abbé Pierre, dans son bureau, et qu’il lui ordonne de venir sur ses genoux. Elle décrit une odeur de « pipi » et de « transpiration fétide ».</p><p>« Son regard, sa façon de me tenir et de m’agripper la mâchoire… on aurait dit une bête féroce. Il a fourré sa langue au fond de ma gorge et a appuyé sur ma petite culotte pour tenter de rentrer à l’intérieur », témoigne-t-elle, la voix encore cassée cinquante ans après. « Chaque fois que j’en parle, c’est très difficile, je ressens encore ses mains sur moi. J’ai même les odeurs qui reviennent. »</p><h2>Une parole silenciée</h2><p>La préadolescente tente à deux reprises de briser le silence que René lui a pourtant fait promettre de garder. Les deux tentatives provoquent des réactions d’une violence inouïe. La première, à 11 ans, auprès de la psychologue de son pensionnat, se solde par une gifle de la directrice de l’établissement. Une punition pour avoir accusé « Monsieur René », une personne importante au sein de la communauté.</p><p>La deuxième aura lieu un an plus tard, alors qu’elle vient d’avoir ses règles et est terrorisée à l’idée d’avoir du<strong> </strong>sang lors des prochains passages à l’acte de beau-père. Elle se confie à sa mère un soir d’août 1977. Le lendemain, cette dernière, dépressive depuis des années, se suicide. Rachel ne se confiera plus à personne pendant quarante-sept ans.</p><h2>Un très proche de l’Abbé Pierre</h2><p>Alors quand elle entend les révélations ce jour de juillet 2024, la sexagénaire, devenue mère de trois enfants, comprend enfin <a href="https://www.20minutes.fr/societe/4133395-20250113-affaire-abbe-pierre-degueulasse-pascale-tripotee-prelat-temoigne-31-ans-apres">qu’elle n’est pas un cas unique</a>. Plus tard, entre janvier et juillet 2025, 12 victimes mineures au moment des faits témoigneront auprès de la ligne d’écoute. « J’ai honte mais je le dis : j’étais rassurée de savoir que je n’étais pas la seule victime. C’est horrible de dire ça mais je me suis dit qu’on allait enfin me croire. » Elle entendra d’ailleurs enfin cette phrase : « on vous croit » quand elle livrera les détails de son histoire à la ligne d’écoute.</p><p>Les souvenirs remontant à la surface, l’ancienne pupille de la Nation cherche à comprendre qui était son beau-père, quelle était sa relation avec le fondateur d’Emmaüs et <a href="https://www.20minutes.fr/societe/4149005-20250416-affaire-abbe-pierre-vatican-courant-1955-deviances-pretre">qui avait connaissance des faits</a>. Lors de son enquête, elle apprend qu’avant de rencontrer sa mère, René avait été prêtre et condamné pour des violences sexuelles envers trois fillettes âgées de 5 et 8 ans. « Je comprends que Monsieur René est un ami proche de l’Abbé Pierre, qui l’a pris sous son aile, l’a hébergé à Emmaüs et lui a donné des fonctions. »</p><h2>La découverte d’une lettre de l’Abbé Pierre</h2><p>Au fil de ses recherches, Rachel découvre une lettre écrite par l’Abbé Pierre en 1976, année où René va redevenir laïc. « Il explique que René aimerait épouser une femme très malheureuse, mère d’une fillette de 12 ans. A aucun moment, il ne dit que cet homme vient d’être condamné pour abus sexuels sur mineurs. Sur le courrier, le mot “fillette” est souligné, comme s’il essayait de se déresponsabiliser de ce qui pourrait arriver plus tard », analyse-t-elle aujourd’hui.</p><figure><a href="https://www.20minutes.fr/societe/abbe-pierre/">Tous les articles sur l'affaire Abbé Pierre</a></figure><p>Même si l’écriture du livre a été « un exutoire », Rachel y a laissé des plumes. Des nuits blanches, des crises de larmes, une importante perte de poids… et des conséquences sur ses proches, à qui elle avoue un jour : « la petite fille de 8 ans dont les médias parlent, c’est moi. » Sa famille la soutient mais son frère n’a pas pu aller au-delà de la page 42 du livre. « J’espère que mon histoire encouragera d’autres victimes à sortir du silence. Mon plus grand regret, c’est qu’aucun de ces deux hommes ne soient encore en vie pour pouvoir répondre de leurs actes. » L’Abbé Pierre est décédé en 2007. </p>
« Je ressens encore ses mains sur moi »… Rachel accuse l’Abbé Pierre de l’avoir agressée quand elle avait 8 ans
Published 1 day ago
Source: 20minutes.fr
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