Groenland : Face aux menaces de Donald Trump, l’Europe « n’a aucun levier » diplomatique, économique ou militaire

Published 4 days ago
Source: 20minutes.fr
Groenland : Face aux menaces de Donald Trump, l’Europe « n’a aucun levier » diplomatique, économique ou militaire
<p>Ils préparent la « riposte », mais avec quels moyens ? Les Européens tentent de faire front face aux menaces répétées de Washington, qui souhaite mettre la main sur le Groenland. Pourtant, les leviers de Bruxelles restent limités, voire faibles, face au mastodonte américain, lequel a prouvé <a href="https://www.20minutes.fr/monde/etats-unis/4194179-20260103-sanctions-americaines-capture-maduro-20-ans-tensions-entre-etats-unis-venezuela">à Caracas</a>, par l’enlèvement de Nicolás Maduro, sa détermination à mettre en œuvre ses ambitions, et ce même s’il doit violer le droit international.</p><h2>Convaincre diplomatiquement</h2><p>La voie diplomatique semble la plus viable et la plus probable. Ce qu’il faut, c’est réussir « à convaincre l’entourage de <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/donald_trump">Donald Trump</a> que toute <a href="https://www.20minutes.fr/monde/etats-unis/4194523-20260106-groenland-devons-paniquer-dit-premier-ministre-face-menaces-trump">tentative de s’emparer du Groenland</a> par la force signifierait la fin de l’alliance transatlantique », signale Dr John Helferich, chercheur à l’université d’Oxford. Car même si le président Trump indique que « (les Etats-Unis) seront toujours là pour l’Otan, même s’ils ne seront pas là pour nous », les Américains - le peuple comme les dirigeants et les commandants militaires - sont très attachés à l’Alliance atlantique. « Beaucoup trouveraient insensée ne serait-ce qu’une brève escarmouche avec un allié de l’Otan », appuie Richard Gowan, directeur des Nations unies à l’International Crisis Group.</p><p>Mais comment dissuader ? Prendre des positions fortes, fermes et unies peut-il suffire ? La mission risque de se heurter à l’imprévisibilité trumpienne. L’Europe n’a pas de levier économique, ou peu. Elle pourrait en théorie cibler les entreprises américaines opérant en Europe mais « dans la pratique, la dépendance de l’Europe vis-à-vis des entreprises technologiques américaines est beaucoup plus grande que l’inverse », souligne John Helferich.</p><h2>Une dissuasion symbolique</h2><p>Côté américain, l’emploi de la force a, pour le moment, été écarté par le président républicain de la Chambre des représentants, Mike Johnson. Mais la porte-parole de la Maison-Blanche a indiqué mardi que le président américain <a href="https://www.20minutes.fr/monde/etats-unis/4194703-20260107-mettre-main-groenland-donald-trump-exclut-utiliser-armee-americaine">pourrait décider d&#x27;« utiliser l’armée »</a> pour conquérir l’île arctique. Le recours à la force militaire des États-Unis contre un autre membre de <a href="https://www.20minutes.fr/monde/etats-unis/4194470-20260105-groenland-si-etats-unis-attaquent-pays-otan-ca-fin-tout-previent-danemark">l’Otan serait « sans précédent » et « reste improbable »</a>, juge John Helferich. D’autant que des adversaires des Etats-Unis, comme la Russie ou la Chine, pourraient facilement profiter de la situation « pour intensifier » leurs actions, respectivement en Europe et à <a href="https://www.20minutes.fr/monde/taiwan/4193855-20260104-chine-generation-jamais-attaquer-taiwan">Taïwan</a>.</p><p>Guillaume Devin, professeur de sciences politiques à Sciences Po Paris, propose alors une solution qu’il qualifie lui-même « d’audacieuse » mais qui aurait le mérite de mettre dans l’embarras les Etats-Unis : déployer sur place des personnels de l’agence <a href="https://www.20minutes.fr/monde/frontex/">Frontex</a>, prévus pour contrôler les frontières de l’Union européenne. « Il faudrait que les Etats-Unis leur passent dessus », explique-t-il. Problème : si le Groenland est un territoire dépendant du <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/danemark">Danemark</a>, il ne fait pas partie de l’espace Schengen. Il faudrait donc un accord<strong> </strong>entre les deux parties pour envisager ce déploiement de « forces symboliques dissuasives ».</p><h2>Pas les armes pour un affrontement armé</h2><p>Car ni le Danemark, ni l’Europe, n’ont les capacités militaires pour affronter l’armée américaine. « Les forces sont complètement disproportionnées, le combat est joué d’avance », confirme Guillaume Devin. Ces menaces constituent alors un « coup de semonce » qui devrait (enfin) pousser les Européens à « puissamment accélérer l’idée <a href="https://www.20minutes.fr/monde/4182569-20251030-europe-moyens-militaires-faire-face-russie-suppose-autre-coherence-strategique">d’une armée européenne</a>, dont la construction est bien trop lente et laborieuse », alerte-t-il. Une option envisagée dès l’invasion russe en Ukraine en 2022, mais qui n’a toujours pas vu le jour. « Trop peu de choses ont été faites pour réduire de manière significative la dépendance vis-à-vis des États-Unis », abonde John Helferich.</p><figure> </figure><figure><a href="https://www.20minutes.fr/dossier/groenland">Notre dossier sur le Groenland</a></figure><p>D’autant qu’il faudrait que les Vingt-Sept se mettent tous d’accord. Or, « de nombreux responsables politiques européens se demanderaient s’il vaut la peine de sacrifier l’Alliance pour une île située dans le Grand Nord », estime Richard Gowan. Un territoire qui n’est, de plus, pas unanimement favorable à la domination danoise. En fin de compte, sachant que beaucoup considèrent la Russie comme la principale menace, les pays européens pourraient-ils lâcher le Groenland pour sauver les <a href="https://www.20minutes.fr/monde/ukraine/">Ukrainiens</a> ?</p>