Paris : Pourquoi on ne trouve plus d’œufs dans les magasins ?

Published 2 days ago
Source: 20minutes.fr
Paris : Pourquoi on ne trouve plus d’œufs dans les magasins ?
<p>« Ça fait six jours que j’ai promis un gâteau à mon chéri. Il n’est pas près de le voir… » Comme beaucoup de <a href="https://www.20minutes.fr/paris/">Parisiens</a>, Louison ne trouve pas <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/oeuf">d’œufs</a> et doit se faire une raison. « On a été livré ce matin, seulement deux douzaines. Elles sont parties dans la minute », explique, presque gêné un employé du magasin Les Saisonniers dans le 14e arrondissement de la capitale. Idem du côté du <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/monoprix">Monoprix</a> sur le trottoir d’en face. Pas mieux au Franprix, au Auchan ou au Potager city du quartier.</p><p>Sur les réseaux sociaux, le constat est le même. Oubliés les gâteaux, les œufs brouillés du matin, la quiche lorraine du soir… Les œufs ont déserté Paris. « Il y a une très forte tension dans toute la ville. Mais en fait, c’est vrai dans toute la France. C’est juste qu’ici, la demande est très forte par la densité de clientèle », commente un autre employé d’un grand magasin.</p><h2>Une consommation en forte croissance</h2><p>Cette tension n’est pas nouvelle. Plusieurs fois ces dernières années, la France a connu des rayons d’œufs totalement vides. « Cela fait plusieurs mois maintenant qu’on constate une tension sur le marché de l’œuf, nous explique Alice Richard, directrice du <a href="https://oeuf-info.fr/">CNPO, l’interprofession de l’œuf</a>, cela se voit davantage sur certaines périodes comme ici, juste après les fêtes. Les gens ont beaucoup cuisiné et cela provoque une forte demande. »</p><figure><iframe title="Le juste prix des oeufs " width="100%" height="100%" src="https://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01357940/zone/1/src/3035m3z/showtitle/1/" frameborder="0" scrolling="no" marginwidth="0" marginheight="0" hspace="0" vspace="0" webkitallowfullscreen="true" mozallowfullscreen="true" allowfullscreen="true" allow="autoplay" referrerpolicy="no-referrer-when-downgrade"></iframe></figure><p>Il faut dire que la consommation d’œufs ne cesse d’augmenter dans le pays. Plus 5 % par an depuis la crise du <a href="https://www.20minutes.fr/societe/covid-19/">Covid-19</a>. Rien qu’en 2025, la consommation moyenne d’œufs par an (toutes formes confondues, de l’œuf dur à celui que vous trouvez dans vos gâteaux, brioches, etc.) est passée de 226 à 240 par habitant.</p><h2>Inflation et nouvelle image</h2><p>Plusieurs raisons à cela. Avec la crise inflationniste persistante depuis plusieurs années, l’œuf, source de protéines bon marché, remplace progressivement la viande ou d’autres produits d’origines animales plus onéreux.</p><p>« C’est un peu un produit refuge vers lequel les consommateurs se tournent. Nous avons d’abord pensé que c’était conjoncturel. Mais on voit que depuis, l’<a href="https://www.20minutes.fr/economie/inflation/">inflation</a> a reculé, mais les habitudes sont restées », ajoute Alice Richard qui pointe un nouvel atout que l’œuf a dans sa coque : son image.</p><p>« Il est très facile et très rapide à cuisiner. Et surtout, sur le plan nutritionnel, les gens n’associent plus l’œuf au cholestérol comme ça a été le cas pendant longtemps, et ils ont conscience de ses bienfaits pour la santé. »</p><p>Autre explication à cet engouement : les <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/reseaux_sociaux">réseaux sociaux</a>. En effet, nombre d’influenceurs santé et surtout sport vantent ses mérites comme alternatives plus saines aux protéines en poudre.</p><h2>La filière peine à suivre</h2><p>Problème, cet attrait n’est pas suivi par la filière. Au contraire même, malgré les 15 milliards pondus chaque année en France, les élevages de poules pondeuses ont été affectés par les épidémies de grippe aviaire en 2022-2023, et le volume d’œufs a reculé de 3 à 4 %. Il faut ajouter à cela la suppression progressive des cages au profit de l’élevage au sol nécessite davantage de surface, induisant une baisse de près de 20 % du nombre de poules dans les bâtiments.</p><figure><img src="https://img.20mn.fr/SbKp6bfzTwyDaDivvr296Sk/960x0_media.jpg" alt="[object Object]"></figure><p></p><p>Résultat, le pays qui était autosuffisant à 99 % en 2024 est passé à 96 % en 2025, forçant à l’importation d’œufs de voisins européens (Espagne, Pays-Bas, Pologne principalement).</p><h2>300 nouveaux poulaillers d’ici à 2030</h2><p>« Pour répondre à la demande, il faudrait un million de poules en plus par an », précise Alice Richard qui peut nous rassurer : la filière en a conscience et entreprend de construire 300 nouveaux poulaillers d’ici à 2030 pour répondre à cette demande grandissante et revenir à l’autonomie et à la souveraineté alimentaire. Mais cela ne se fait pas en un caquètement de poule. « Pour nouvel éleveur, par exemple, entre le moment où il décide de s’installer, et le moment où il va produire ses premiers œufs, il faut à peu près deux ans. Donc, sachant que nous, on a lancé ça à la mi-2024, on sait qu’on va voir les premiers effets à la mi-2026 », explique Alice Richard qui se veut même confiante puisque beaucoup de projets sont en cours. Et beaucoup d’agriculteurs qui produisent à l’origine des céréales, ou des éleveurs qui font une tout autre production, se sont déjà manifestés pour se lancer dans la poule.</p><figure> </figure><p>Une bonne nouvelle pour le secteur comme pour les consommateurs qui vont devoir peut-être prendre encore leur mal en patience quelques jours, le temps que les conditions météorologiques s’apaisent autour et dans Paris pour permettre un approvisionnement plus « normal ».</p>