Incendie de Crans-Montana : Pourquoi les victimes ont filmé au lieu de fuir ? A cause du « biais de normalité »

Published 6 days ago
Source: 20minutes.fr
Incendie de Crans-Montana : Pourquoi les victimes ont filmé au lieu de fuir ? A cause du « biais de normalité »
<p>« Ça en dit long sur leur mentalité », « Ils préfèrent filmer et rigoler plutôt qu’agir », « L’inconscience de ces jeunes »… Une avalanche de critiques cible les jeunes qui ont filmé <a href="https://www.20minutes.fr/faits_divers/4194556-20260106-incendie-crans-montana-six-ans-serveur-alertait-deja-danger-mousse-plafond">le départ du feu au sous-sol du bar Le Constellation</a>, à Crans-Montana, le soir du Nouvel An. Une question de génération « scotchée à son smartphone », selon certains, affirmant qu’eux auraient fui ou contribué à éteindre <a href="https://www.20minutes.fr/monde/4194494-20260105-incendie-crans-montana-enquete-accompagner-familles-francaises-ouverte-parquet-paris">les premières flammes</a>.</p><p>Sur les vidéos postées le soir du drame <a href="https://www.20minutes.fr/monde/4194225-20260104-incendie-mortel-crans-montana-suisse-40-morts-dont-20-mineurs-identifies">qui a coûté la vie à 40 personnes et fait 116 blessés</a>, des jeunes continuent effectivement à chanter et danser alors que le feu se propage à une vitesse folle au niveau du plafond. D’autres filment la scène avec leur smartphone comme si le danger était tout sauf imminent. Un comportement qui en a surpris plus d’un, au point de voir se multiplier les critiques sur cette fameuse génération qui « vit sans arrêt dans le virtuel. ».</p><h2>« Notre cerveau cherche d’abord la continuité »</h2><p>Mais peut-on réellement parler d’inconscience ? Ou dire, comme un utilisateur de X l’a écrit, qu&#x27;« une vidéo vaut [désormais] plus qu’une vie » ? Sur les mêmes réseaux sociaux, cinq jours après <a href="https://www.20minutes.fr/diaporama/diaporama-4194028-images-terrible-incendie-bar-crans-montana-fait-moins-quarantaine-morts">l’incendie mortel</a>, de nouvelles voix s’élèvent pour mettre en lumière un processus cognitif qui pourrait expliquer le comportement des jeunes présents dans le bar. Loin de la « génération Instagram » susmentionnée, il s’agirait du « biais de normalité », un « réflexe très humain », indique Anissa Ali, diplômée en psychothérapie.</p><p>Pour la thérapeute, le « biais de normalité » est « le réflexe très humain qui nous pousse face à un signal inquiétant (mais encore ambigu), à le ranger dans la catégorie du &#x27;&#x27;déjà connu&#x27;&#x27;. » Face au danger auquel elles étaient exposées, les personnes présentes dans le bar Le Constellation ont pu se dire, ou se convaincre, qu’il ne s’agissait que d’un incident ordinaire et/ou passager. Autrement dit, leur cerveau a minimisé, voire ignoré, les signaux d’alerte inhérents au danger et à ses conséquences. Mais contrairement à ce qui a été dit sur <a href="https://www.20minutes.fr/high-tech/by-the-web/4194621-20260106-discrimination-lgbt-associations-portent-plainte-contre-meta-patron-mark-zuckerberg">les réseaux sociaux</a>, ils ne l’ont pas fait « par inconscience ou bêtise, mais parce que notre cerveau cherche d’abord la continuité », précise la spécialiste.</p><h2>Un phénomène accentué par l’ambiance festive</h2><p>Des études sur <a href="https://www.20minutes.fr/monde/4194543-20260106-incendie-crans-montana-suisse-commune-reconnait-manquement-controles-periodiques-bar">les incendies</a> et les évacuations ont montré que ce n’était pas forcément la panique qui mettait les gens en danger. « C’est souvent l’avant : ces minutes, ou secondes, où l’on observe, où l’on vérifie, où l’on cherche une confirmation, où l’on attend un signal clair », explique Anissa Ali. On parle de « pre-movement time » outre-Manche. « On tourne autour de l’information pour la rendre certaine avant de se mettre en mouvement ».</p><p>Dans un bar où la fête bat son plein, entre <a href="https://www.20minutes.fr/arts-stars/serie/4194651-20260106-stranger-things-ecoutes-vieilles-chansons-explosent-depuis-diffusion-episode-final">musique</a>, rires et autres sons d’ambiance, « cette ambiguïté initiale est encore plus trompeuse », ajoute l’experte. Un danger, quel qu’il soit, peut être interprété comme « un simple désagrément, un effet de décor, une agitation banale assimilée au contexte ».</p><p>Et le comportement d’autrui peut également influencer nos réactions face au danger. « On lit la gravité à travers les autres. Si les gens autour restent assis, continuent à parler, filment, rient ou attendent, cela &#x27;&#x27;normalise&#x27;&#x27; la scène », ajoute-t-elle. En l’occurrence, les vidéos filmées dans le bar montrent plusieurs jeunes en train de continuer à faire la fête, malgré la propagation du feu, comme si rien ne présageait du drame qui était en train de se produire.</p><h2>Un réflexe face aux pires situations</h2><p>Décrypté par la journaliste Amanda Ripley dans le livre <em>The Unthinkable </em>(2009), le « biais de normalité » se caractérise donc par le fait d’ignorer ou de sous-estimer des signaux d’alerte, même les plus évidents et imminents. « Même lorsque nous sommes calmes, notre cerveau a besoin de 8 à 10 secondes pour traiter chaque nouvelle information complexe. Plus le stress est important, plus le processus est lent. Bombardé de nouvelles informations, notre cerveau passe à la vitesse inférieure juste au moment où nous avons besoin d’agir rapidement », écrit-elle pour <a <em>href="https:/</em>/time.com/archive/6596600/how-to-get-out-alive/">le Time Magazine</a> en 2005.</p><p>Elle y cite notamment une étude réalisée par le National Institute of Standards and Technology (NIST) auprès de survivants des attentats du 11 septembre 2001. Parmi les personnes ayant réussi à s’extirper du <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/world_trade_center">World Trade Center</a>, certaines sont parties immédiatement, mais environ un millier s’est attaché à éteindre son ordinateur avant de fuir. Il ne s’agissait ni d’une génération Instagram, ni d’inconscience, ni de bêtise, juste d’un réflexe que tout un chacun peut avoir face au pire des situations et scénarios possibles.</p>