Venezuela : Qu’est-ce que ce pétrole « extra-lourd », et de qualité moindre, tant convoité par Donald Trump ?

Published 4 days ago
Source: 20minutes.fr
Venezuela : Qu’est-ce que ce pétrole « extra-lourd », et de qualité moindre, tant convoité par Donald Trump ?
<p>C’est la plus grosse réserve mondiale de <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/petrole">pétrole</a>. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le sol du <a href="https://www.20minutes.fr/monde/venezuela/">Venezuela</a> renfermait en 2023 environ 303 milliards de barils, soit environ 17 % des réserves mondiales.</p><p><a href="https://www.20minutes.fr/dossier/donald_trump">Donald Trump</a> a déclaré, après l’opération militaire contre le président <a href="https://www.20minutes.fr/monde/etats-unis/4194409-20260105-venezuela-macron-affirme-france-approuve-methode-renverser-maduro">Nicolas Maduro</a>, qu’il autoriserait les compagnies pétrolières américaines à exploiter ces réserves de brut, ajoutant que l’embargo américain sur le pétrole vénézuélien restait pour le moment en vigueur.</p><figure><iframe title="Donald Trump assure assure que les États-Unis « sont aux commandes »" width="100%" height="100%" src="https://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01357940/zone/1/src/3sfsk83/showtitle/1/" frameborder="0" scrolling="no" marginwidth="0" marginheight="0" hspace="0" vspace="0" webkitallowfullscreen="true" mozallowfullscreen="true" allowfullscreen="true" allow="autoplay" referrerpolicy="no-referrer-when-downgrade"></iframe></figure><p>« Nos très grandes compagnies pétrolières américaines, les plus importantes au monde, vont se rendre sur place, dépenser des milliards de dollars, réparer les infrastructures gravement endommagées […] et commencer à générer des revenus pour le pays », a dit le président américain lors d’une conférence de presse en Floride.</p><h2>Un taux de viscosité très important</h2><p>Ce pétrole vénézuélien est pourtant de qualité moindre, et parfois difficile à extraire. « La sédimentation, et la biodégradation bactérienne - qui consomme les hydrocarbures légers (alcanes), ce qui concentre les composés lourds (asphaltènes, résines) et les métaux (vanadium, nickel) - font que, d’une zone géographique à l’autre, on trouve différents types de pétroles, de plus ou moins bonne qualité, et surtout plus ou moins lourds, explique à <em>20 Minutes</em> le compte GeoTales, spécialiste en géologie. Au Venezuela, nous sommes sur du pétrole puisé dans l’Orénoque, qui est une zone géologique où le process de décomposition bactérien est très ancien, ce qui donne un pétrole extrêmement lourd. On ne peut pas dire qu’il soit médiocre, mais il n’est pas considéré comme noble, à cause de son taux de viscosité qui est beaucoup plus important que dans tous les autres pétroles que l’on peut trouver. Il n’est donc pas idéal pour fabriquer de l’essence, mais convient pour du bitume. On peut aussi en faire du gas-oil, qui ne nécessite pas un raffinage très élaboré. »</p><figure><blockquote class="twitter-tweet" align="center" data-lang="fr_FR"><p lang="fr" dir="ltr">🔸Parce que les États-Unis possèdent une concentration unique au monde de raffineries bien complexes et capables de traiter ce pétrole extra-lourd.<br><br>Où sont-elles ces raffineries ? <br><br>• Sur la côte du Golfe du Mexique (Gulf Coast - USGC),<br>• 3 raffineries de Citgo-Lemont (dans… <a href="https://t.co/XnWSY4iBHH">pic.twitter.com/XnWSY4iBHH</a></p>&mdash; 𝐆𝐞𝐨𝐓𝐚𝐥𝐞𝐬 (@GeoTales_) <a href="https://twitter.com/GeoTales_/status/2007813886758486473?ref_src=twsrc%5Etfw">January 4, 2026</a></blockquote> <script async src="https://platform.twitter.com/widgets.js" charset="utf-8"></script> </figure><p>Ce n’est pas tout. « Cette viscosité pose aussi des difficultés concernant son transport par pipeline, car cela nécessite de le diluer avec de l’ultraléger, notamment du pétrole nigérian », poursuit GeoTales. « Enfin, le pétrole vénézuélien contient aussi une teneur en soufre très élevée (jusqu’à 3-5 %) ce qui le classe comme &quot;acide&quot;, avec pour conséquence la dégradation des infrastructures, si elles ne sont pas entretenues. Et elles l’ont très peu été ces dernières années au Venezuela. »</p><h2>Les Etats-Unis bénéficient d&#x27;« une concentration unique au monde de raffineries »</h2><p>Dès lors, on peut se demander pourquoi les <a href="https://www.20minutes.fr/monde/etats-unis/">Etats-Unis</a>, qui sont déjà les premiers producteurs de pétrole au monde, s’intéressent tant à ce brut vénézuélien. « Même si la qualité est moyenne, ce qui va nécessiter un coût supplémentaire dans le processus de raffinage, l’élément le plus important pour les Etats-Unis, ce sont les volumes de ces réserves, souligne Bertrand Keppenne, chef économiste de la banque belge CBC. Très clairement, la volonté de Trump est que les Etats-Unis soient totalement indépendants énergétiquement, et comme il ne jure que par les <a href="https://www.20minutes.fr/monde/4111825-20240924-opep-organisation-qualifie-sortie-energies-fossiles-fantasme-prevoyant-hausse-jusqu-2050">énergies fossiles</a>, il fait tout pour avoir accès à ces réservoirs. »</p><p>Les Etats-Unis ont par ailleurs « largement les moyens d’utiliser ce pétrole extra-lourd, car ils possèdent des infrastructures de raffinage très performantes - au même titre que la Chine, l’Inde, la Corée du Sud, la France et les Pays-Bas, poursuit GeoTales. Ils bénéficient notamment d’une concentration unique au monde de raffineries sur la côte du <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/golfe_du_mexique">Golfe du Mexique</a>, construites entre 1990 et 2010, et qui ont coûté quelque 110 milliards de dollars. »</p><h2>« Très peu de retombées à prévoir pour les habitants du Venezuela »</h2><p>C’est dans ce contexte qu’il va « très certainement y avoir une spoliation du pétrole vénézuélien par les Américains, avec très peu de retombées à prévoir pour les habitants du Venezuela », analyse Bertrand Keppenne.</p><p>Le chef économiste de la banque belge souligne cependant que les compagnies pétrolières américaines « ne pourront pas commencer à exploiter ce pétrole avant quatre à cinq ans ». Notamment en raison des investissements à réaliser dans un premier temps. Et avec comme défi principal de relever la production. Celle-ci, après avoir atteint plus de trois millions de barils par jour au début des années 2000, n’a fait que chuter ces dernières années.</p><figure> </figure><figure><a href="https://www.20minutes.fr/monde/venezuela/">Notre dossier sur le Venezuela</a></figure><p>« Les infrastructures du Venezuela, qui ont été nationalisées, sont dans un état déplorable, et on estime aujourd’hui leur production à un million de barils par jour », pointe Bertrand Keppenne. Loin derrière les principaux producteurs mondiaux que sont les Etats-Unis (environ 19 millions de barils par jour), l’<a href="https://www.20minutes.fr/monde/arabie_saoudite/">Arabie saoudite</a> (environ 11 millions) et la <a href="https://www.20minutes.fr/monde/russie/">Russie</a> (environ 10 millions).</p>