Venezuela : C’est quoi la doctrine Monroe que Trump veut remettre en place ? (au risque d’inspirer la Russie et la Chine)

Published 5 days ago
Source: 20minutes.fr
Venezuela : C’est quoi la doctrine Monroe que Trump veut remettre en place ? (au risque d’inspirer la Russie et la Chine)
<p>« L’Amérique aux Américains. » Quelques heures seulement après l’enlèvement de <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/nicolas_maduro">Nicolás Maduro</a> à Caracas (Venezuela), <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/donald_trump">Donald Trump</a>, le président des <a href="https://www.20minutes.fr/monde/etats-unis/">Etats-Unis</a> a rappelé dans une conférence de presse sa volonté d’appliquer une mainmise sur tout le continent américain. Parce que oui, par « Américains », il faut bien entendre « Etats-Uniens ». « Dans le cadre de notre nouvelle stratégie de sécurité nationale, la domination américaine dans l’hémisphère occidental ne sera plus jamais remise en question », a-t-il précisé.</p><p>L’utilisation du terme « hémisphère occidental », terme nord-américain sans réelle existence scientifique, préface ce que le président US précisera plus tard : La remise en route de la <a href="https://www.20minutes.fr/monde/etats-unis/4132576-20250109-etats-unis-histoire-commune-commerce-armee-voici-pourquoi-donald-trump-aimerait-bien-annexer-canal-panama">doctrine Monroe</a>, « trop longtemps oubliée » selon lui.</p><h2>Fini les colonies, les Amériques prennent leur indépendance</h2><p>Sans aucun lien avec Marylin, <a href="https://www.archives.gov/milestone-documents/monroe-doctrine">cette doctrine a été instaurée le 2 décembre 1823</a>, par le cinquième président des Etats-Unis, James Monroe. Indépendant depuis moins de cinquante ans, le pays, comme le monde entier évolue très rapidement à l’époque et voit ses voisins d’Amérique latine arracher leur indépendance auprès des puissances coloniales européennes.</p><figure><iframe title="Donald Trump assure assure que les États-Unis « sont aux commandes »" width="100%" height="100%" src="https://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01357940/zone/1/src/3sfsk83/showtitle/1/" frameborder="0" scrolling="no" marginwidth="0" marginheight="0" hspace="0" vspace="0" webkitallowfullscreen="true" mozallowfullscreen="true" allowfullscreen="true" allow="autoplay" referrerpolicy="no-referrer-when-downgrade"></iframe></figure><p>Le principe est simple : Les Etats-Unis s’engagent à ne pas intervenir dans les affaires des pays européens et de leurs colonies en contrepartie de quoi, le continent américain n’est plus ouvert à la colonisation et toute tentative d’ingérence d’une puissance extérieure serait perçue comme un acte hostile envers les Etats-Unis. L’ancien monde d’un côté, le nouveau de l’autre, et les vaches seront bien gardées.</p><h2>Le tournant Roosevelt</h2><p>Mais en 1904, le corollaire Roosevelt ajouté à la doctrine Monroe qu’en cas d’actes répréhensibles commis par une nation d’Amérique Latine, les Etats-Unis se réservent le droit d’intervenir dans les affaires internes de ce même pays. Une manière de se positionner en gendarme des Amériques et surtout de s’octroyer <a href="https://www.20minutes.fr/monde/etats-unis/4194179-20260103-sanctions-americaines-capture-maduro-20-ans-tensions-entre-etats-unis-venezuela">un droit d’ingérence dans tous les Etats d’Amérique latine</a> selon son bon vouloir et une prééminence sur tout le continent.</p><p>Premier exemple en 1898 quand Washington intervient militairement à Porto Rico. Durant la guerre froide, la doctrine Monroe sert de prétexte aux différents présidents américains pour s’attaquer au communisme en Amérique Latine et <a href="https://www.20minutes.fr/monde/etats-unis/4194165-20260103-enlevement-nicolas-maduro-venezuela-principales-interventions-etats-unis-amerique-latine">les interventions que ce soit par l’US Army ou, surtout, la CIA, sont légion</a> : Guatemala (1954), Cuba (1961), République dominicaine (1965), Chili (1973), Panama (1989), font partie de ceux qui ont vu les Etats-Unis agir sur leur territoire pour protéger leurs propres intérêts.</p><h2>La nouvelle « Stratégie de sécurité nationale » ou « Donroe »</h2><p>Ce samedi 4 janvier, Donald Trump s’est une nouvelle fois saisi de la doctrine, jusqu’à la renommer « Donroe » (ajoutant sa propre initiale à la mesure) pour justifier son intervention au Venezuela.</p><p>La « Stratégie de sécurité nationale » des Etats-Unis <a href="https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/2025/12/america-250-presidential-message-on-the-anniversary-of-the-monroe-doctrine/">présentée au début du mois de décembre</a> l’explique clairement au sujet de l’Amérique latine. Elle affirme notamment que les Etats-Unis doivent chercher à accéder aux ressources et aux emplacements stratégiques et veiller à ce que les gouvernements de la région soient « suffisamment stables et bien gouvernés pour prévenir et décourager les migrations massives vers les Etats-Unis ».</p><p>Aussi, les États-Unis « refuseront aux concurrents non hémisphériques la possibilité de positionner des forces ou d’autres capacités menaçantes, ou de posséder ou de contrôler des actifs stratégiques » dans la région, selon le document, en allusion à la Chine, principal acheteur du pétrole vénézuélien.</p><h2>Un dangereux précédent dans lequel peuvent s’infiltrer la Chine et la Russie</h2><p>L’opération au Venezuela pourrait ainsi servir d’avertissement aux alliés des Etats-Unis, notamment la <a href="https://www.20minutes.fr/monde/colombie/">Colombie</a>, Cuba ou le Mexique, directement cités par Donald Trump dans son discours, et inquiets des menaces américaines de s’approprier des ressources stratégiques, à commencer par sa volonté déclarée d’annexer le Groenland, territoire autonome danois. Après <a href="https://www.20minutes.fr/monde/etats-unis/4139899-20250221-etats-unis-canada-jour-peut-etre-bientot-51e-etat-trump-remet-couche">avoir déjà menacé le Canada</a> d’en faire « le 51e Etat américain », Trump avait, en début d’année 2025, <a href="https://www.20minutes.fr/monde/etats-unis/4134671-20250120-investiture-trump-allons-reprendre-canal-panama-affirme-donald-trump">menacé de s’emparer du canal de Panama</a>.</p><figure><a href="https://www.20minutes.fr/monde/">Retrouvez ici toute l'actualité internationale</a></figure><p>Jennifer Kavanagh, directrice de l’analyse militaire Defense Priorities, un groupe de réflexion qui prône une politique internationale américaine moins interventionniste, longtemps sceptique sur la réalité des intentions de <a href="https://www.20minutes.fr/monde/etats-unis/4132555-20250108-donald-trump-etats-unis-canada-groenland-canal-panama-monde-vu-president-americain-carte">Donald Trump quant au Groenland</a>, dit maintenant s’interroger. « Il ne serait pas très difficile pour les Etats-Unis d’envoyer quelques centaines ou quelques milliers de militaires au Groenland et je ne vois pas bien qui pourrait s’y opposer », dit-elle.</p><figure> </figure><p>Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres s’est d’ailleurs inquiété du « dangereux précédent » que constitue l’intervention américaine. Cette posture agressive pourrait encourager des rivaux des Etats-Unis, <a href="https://www.20minutes.fr/magazine/grande-muraille-mag/">Chine</a> et <a href="https://www.20minutes.fr/monde/russie/">Russie</a> en tête, à adopter une attitude similaire dans leur zone d’influence, en particulier vis-à-vis respectivement de Taïwan et de l’Ukraine.</p>