<p>Dans les milieux <a href="https://www.20minutes.fr/economie/croissance/">économiques</a>, on le décrit comme une personne consensuelle. On l’a même surnommé « Mr Ordinaire » lors de sa nomination à la tête de la <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/banque_centrale">banque centrale</a> américaine (Fed). Autant dire que rien ne destinait Jerome Powell à revêtir le costume de défenseur de la démocratie aux <a href="https://www.20minutes.fr/monde/etats-unis/">Etats-Unis</a>. Et pourtant. Acculé par les attaques de <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/donald_trump">Donald Trump</a>, le président de la <a href="https://www.20minutes.fr/economie/fed/">Fed</a> est sorti lundi de la réserve que lui impose sa fonction pour se défendre, lui et une certaine idée de l’indépendance des institutions. Non pas via un classique communiqué de presse, mais dans une vidéo face caméra sur le compte X de la banque centrale, qui cumule déjà plus de 100 millions de vues.</p><p>Il y dénonce les pressions exercées par Donald Trump contre la Fed, un organisme censé être indépendant aux Etats-Unis. Jerome Powell est poursuivi pour des soupçons de mensonge au Congrès, de mauvaise gestion ou d’abus de fonds publics au sujet des rénovations du siège de la Réserve fédérale.</p><blockquote>Ce sont des prétextes », balaie-t-il dans sa vidéo. « La menace de poursuites pénales est une conséquence du fait que la Fed fixe les taux d’intérêt selon notre meilleure évaluation de l’intérêt public, plutôt que de suivre les préférences du président.</blockquote><p></p><h2>L’indépendance de la Fed torpillée par Donald Trump</h2><p>Depuis le début du second mandat de Donald Trump, c’est la première fois que le responsable d’une institution fédérale indépendante ose mettre un « stop » aux actions du milliardaire. Et de mémoire d’économiste, « c’est aussi la première fois qu’un président de la Fed s’attaque aussi frontalement à un président », remarque Bastien Drut, expert des marchés économiques et des banques centrales à CPR Asset Management. Qui ne peut que constater : « Donald Trump s’en prend également à lui comme aucun <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/congres">président des Etats-Unis</a> ne s’est attaqué à l’institution ».</p><p>Entre 1970 et 1978, Arthur F. Burns, alors président de la Fed, avait suivi quasi religieusement les directives de Richard Nixon, retrace de son côté Gilles Moëc, chef économiste du Groupe AXA et spécialiste de l’histoire de la Fed. Il en résultera une <a href="https://www.20minutes.fr/economie/inflation/">inflation</a> majeure et un certain traumatisme national. Depuis, l’indépendance de la banque centrale américaine vis-à-vis de la <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/maison_blanche">Maison-Blanche</a> était plus ou moins inscrite dans le marbre à <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/washington">Washington</a>. « Même si des présidents n’étaient pas d’accord, on le disait d’une manière extrêmement polie. Et on ne le disait pas très souvent », poursuit Gilles Moëc. Mais ça, c’était avant Donald Trump, qui torpille Jerome Powell en raison d’un désaccord majeur sur les <a href="https://www.20minutes.fr/economie/taux/">taux d’intérêt</a>.</p><h2>Guerre des taux et des egos</h2><p>Pour le <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/president">président</a> américain, les taux d’intérêt de la banque centrale doivent être au plus bas pour faciliter sa politique économique. « Donald Trump estime qu’il va y avoir une explosion de productivité aux Etats-Unis, notamment grâce à l’IA, entraînant une croissance forte non inflationniste », explique Gilles Moëc. Or, sans inflation, les taux peuvent être baissés. Qui plus est, Trump estime que ce contexte économique nécessiterait des investissements très lourds, donc des taux d’intérêt très bas.</p><p>Jerome Powell, lui, se veut plus prudent. Il craint notamment un impact des droits de douane sur les prix et une flambée des salaires sur un marché de l’emploi rétréci avec la politique anti-immigration du président. « La banque centrale américaine doit à la fois gérer l’inflation et le plein-emploi. Ce double objectif amène à y aller à tâtons », poursuit Bastien Drut. La Fed a déjà baissé trois fois ses taux, mais pas assez vite, ni assez fort, pour l’impatient républicain.</p><figure><iframe title="L’austérité en économie : ça veut dire quoi ?" width="100%" height="100%" src="https://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01357940/zone/1/src/33xu8xk/showtitle/1/" frameborder="0" scrolling="no" marginwidth="0" marginheight="0" hspace="0" vspace="0" webkitallowfullscreen="true" mozallowfullscreen="true" allowfullscreen="true" allow="autoplay" referrerpolicy="no-referrer-when-downgrade"></iframe></figure><p>« Jérome Powell a toujours fait preuve de pragmatisme », décrit Gilles Moëc. Contrairement à la plupart de ces prédécesseurs à la tête de la Fed, comme Alan Greenspan, Powell n’est pas un économiste de renom, mais un juriste de formation. Nommé en 2018, « Mr Ordinaire » a déjà affronté le Covid ou l’envolée de l’inflation du monde d’après. Une résilience qui lui donne une certaine popularité (44 % d’opinions favorables, un score plus qu’honorable dans un pays aussi divisé).</p><h2>« Un choix par défaut »</h2><p>Ce qui l’oppose à Donald Trump n’est donc pas purement politique. « Jerome Powell est républicain, rappelle Bastien Drut. Donald Trump ne veut juste pas qu’on lui résiste ». Gilles Moëc développe : « Dès le début, Donald Trump ne l’aimait pas. C’était un choix par défaut, pas un homme de main. » Lorsqu’il la nommé lors de son premier mandat, Donald Trump était beaucoup plus esseulé qu’aujourd’hui. La base <a href="https://www.20minutes.fr/politique/maga/">MAGA</a> n’est pas consolidée, et le système lui était moins familier.</p><blockquote>Il s’est dit qu’il fallait un technocrate républicain de Washington pour plaire au parti républicain, et Jerome Powell était, à l’époque, le choix idéal.</blockquote><p>La cohabitation de ce premier mandat s’était déjà mal passée, Donald Trump allant jusqu’à se demander, en 2019, qui est le plus grand ennemi de l’Amérique, <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/xi_jinping">Xi Jinping</a> ou Jerome Powell ? Et les attaques n’ont pas cessé, jusqu’à cette mise en demeure juridique et la répartie en vidéo.</p><h2>« Il espère faire bouger les institutions républicaines »</h2><p>Qu’importe les suites de ce conflit larvé, Jerome Powell s’en ira au plus tard en mai 2026, à la fin de son mandat. Même pour un modèle d’impatience comme Trump, pourquoi attaquer alors qu’il n’y a qu’à attendre ? « Il veut envoyer un message aux prochains, estime Gilles Moëc. L’idée, c’est qu’il peut s’attaquer à n’importe qui ne suivrait pas ses directions ».</p><p>C’est aussi comme cela qu’il faut comprendre la réponse de Jerome Powell. « Il n’espère pas faire bouger Donald Trump, mais les institutions américaines et républicaines », continue le chef économiste. Les banques centrales du monde entier ont ainsi apporté leur soutien à Jerome Powell, quand le sénateur républicain Tillis a indiqué qu’il s’opposerait à la confirmation de tout candidat à la Fed tant que la question juridique concernant Powell ne sera pas résolue. « On voit donc déjà des garde-fous et des limites s’instaurer ».</p><p>En mai 2026, Jerome Powell partira avec un bilan que son surnom de Mr Ordinaire lui destinait : « Il n’aura pas révolutionné l’économie et aura juste eu une gestion robuste, particulièrement en période de crises », conclut le spécialiste. Mais il aura, peut-être, sauvegardé l’indépendance de la Fed. Pas si banal.</p>
Etats-Unis : Qui est Jerome Powell, le président de la Fed qui dit « stop » à Donald Trump ?
Published 4 hours ago
Source: 20minutes.fr
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