<p>Un enfant torse nu qui se fait raser la tête, des éducateurs qui se moquent sur une boucle WhatsApp, évoquent une « sanction »… Mi-décembre, l’histoire d’Elliott*, 9 ans, <a href="https://www.20minutes.fr/faits_divers/faits-divers-paris/4190541-20251209-paris-educatrices-foyer-rasent-tete-enfant-punir-signalement-effectue">a ému l’opinion publique et une partie de la classe politique,</a> après que sa mère et son avocat ont révélé que l’enfant, placé dans un foyer de l’aide sociale à l’enfance géré par la Mairie de Paris, avait été tondu par des encadrants et encadrantes.</p><p>Des informations et documents obtenus par<em> 20 Minutes</em> démontrent aujourd’hui que la Mairie de Paris était au courant de cette affaire dès le 28 mars, s’agissant de la tonte, et dès le 11 septembre, pour ce qui concerne l’aspect « sanction ». Des élues du Conseil de Paris, appartenant à l’opposition, ont écrit fin décembre à la procureure de Paris pour lui demander d’enquêter sur la responsabilité de l’institution, révèle aussi <em>20 Minutes</em>.</p><h2>« On va t’appeler double face »</h2><p>Rappelons rapidement les faits. Dans des vidéos et captures d’écran <a href="https://www.franceinfo.fr/societe/enfance-et-adolescence/info-franceinfo-c-est-une-sanction-des-educateurs-rasent-les-cheveux-d-un-enfant-place-dans-un-foyer-a-paris-et-le-filment_7666297.html">révélées le 9 décembre par France Info,</a> et que <em>20 Minutes </em>a pu vérifier, on pouvait voir Elliott, alors âgé de 8 ans, se faire raser le crâne, pendant qu’un éducateur du foyer Jenner (13e arrondissement) lui lançait : « On va t’appeler double face. » La scène se produit en février 2025. La mère est alors informée que son fils a eu le crâne rasé parce qu’il aurait eu des poux, puis il lui est précisé que le coiffeur aurait eu un loupé, obligeant à tout raser. Sans obtenir plus de réponses à ses questions, cette femme en reste là.</p><p>Mais l’affaire rebondit tout début septembre, lorsque la mère se fait communiquer des captures écran de conversations WhatsApp, sur lesquelles une éducatrice affirme que c’est par « sanction » que l’enfant a été tondu. Sur ces captures, on peut voir que d’autres éducateurs et éducatrices se moquent de l’enfant.</p><h2>Une note a été envoyée à la mairie en septembre</h2><p>« La direction des solidarités, informée très tardivement des faits (en septembre 2025), a saisi sa cellule contrôle afin de faire la lumière sur ce qui s’est passé », avait déclaré la mairie en décembre, à France Info. D’après les responsables de l’association Jean-Cotxtet, gestionnaire du foyer, une première remontée d’information sur la tonte de cet enfant, présentée comme réalisée avec l’accord de la mère, aurait même été effectuée dès le 28 mars par l’association, directement aux services de l’aide sociale à l’enfance, gérés par la Mairie de Paris, qui a également la compétence départementale. Une deuxième remontée d’information contenant les captures d’écran parlant de sanction et la vidéo de la tonte aurait été réalisée ensuite le 10 septembre, cette fois auprès de la direction des solidarités de la Ville de Paris.</p><p>A la suite de ces alertes, la mairie aurait systématiquement transmis les éléments au juge des enfants, précise une source au sein de la municipalité, soit le 16 septembre, s’agissant de la deuxième remontée d’information.</p><h2>Eliott a de « grandes peurs »</h2><p>Alertée également par l’avocat de la mère, la juge a alors commandé un rapport aux services du département de Paris, qui lui a été adressé début novembre. Dans ce rapport, que<em> 20 Minutes </em>s’est procuré, et qui porte l’en-tête de la Ville de Paris et de la direction des solidarités, il est écrit qu’Elliott a de « grandes peurs » : « La nuit, il se réveille plusieurs fois. Il a des angoisses très intériorisées. » Le rapport précise aussi qu’une note d’information a été transmise aux services sociaux le 17 septembre.</p><p>Pourquoi, ayant tous ces éléments en possession, la mairie n’a-t-elle pas agi dès septembre, voire dès mars, ou a minima en octobre, en demandant une suspension de l’éducatrice concernée, <a href="https://www.franceinfo.fr/societe/enfance-et-adolescence/enfant-tondu-dans-un-foyer-a-paris-l-educatrice-qui-a-rase-le-crane-du-petit-garcon-mise-a-pied_7668490.html">qui n’interviendra que le 9 décembre</a>, après la révélation de l’affaire ? C’est la question que posent deux élues de l’opposition, Nelly Garnier et Inès de Raguenel, respectivement conseillère de Paris et vice-présidente du groupe Changer Paris (co-présidé notamment par Rachida Dati).</p><h2>« Mise en danger d’autrui »</h2><p>Dans un courrier adressé fin décembre à la procureure de Paris, Laure Beccuau, les deux élues de droite et du centre estiment que la mairie et l’adjointe en charge de la protection de l’enfance - qui était alors Dominique Versini, devenue depuis Défenseure des enfants à l’échelle locale - « n’ont pas procédé aux contrôles légaux et ont laissé prospérer ces faits pour lesquels leur responsabilité est engagée. Dès lors, elles ont contribué à ce que la mise en danger d’autrui perdure et que de nouveaux faits de maltraitance sur des enfants aient lieu ». Les deux conseillères de Paris réclament Laure Beccuau l’ouverture d’une enquête, ou l’extension de l’enquête en cours, pour « vérifier d’éventuels manquements à l’obligation de signalement » et si la mairie a pu faillir à son obligation de prudence ou de sécurité, et à sa mission de porter secours.</p><p>« La ville a failli et en plus elle a caché ces informations. Ils mettent sous le tapis tant que les faits ne remontent pas à la presse, c’est une véritable omerta », dénonce auprès de<em> 20 Minutes </em>Ines de Raguenel, pointant « un dysfonctionnement à chaque étape », que ce soit dans la remontée d’information ou plus tard dans les mesures de protection apportées à cet enfant.</p><p>Une partie de ces dysfonctionnements ont d’ailleurs été reconnus par la mairie elle-même, qui a regretté le 17 décembre, en plein Conseil de Paris, qu'« aucun membre élu ou de la direction de la ville, membre de l’état-major de la ville » n’aient été « informés » dès septembre 2025. Contactée, la mairie n’a pas souhaité commenter « une affaire en cours », tandis que l’association Jean-Cotxet a répété que selon elle, « aucun élément d’information […] ne permet de penser que ce geste aurait constitué une quelconque sanction à l’égard de l’enfant ».</p><h2>L’enfant est toujours dans le même foyer</h2><p>Quant à Elliott, il vit toujours aujourd’hui dans ce foyer, malgré les interrogations au plus haut sommet de l’Etat et les suppliques de sa mère, qui aimerait qu’il soit changé de lieu. « La mère dit que son fils veut changer de foyer, le foyer dit qu’Elliott ne veut pas », nous explique son avocat.</p><p>Maître Axel Delaunay-Belleville se dit par ailleurs déçu des promesses de la mairie, dont il n’a plus eu de nouvelles après avoir informé le cabinet d’Anne Hidalgo des pressions que subissait la maman - « on m’a dit que si je portais plainte, je n’allais plus revoir mes enfants », <a href="https://www.20minutes.fr/societe/4191557-20251215-enfant-tondu-foyer-menacee-porter-plainte-assure-mere">avait-elle déclaré sur France Info, le 15 décembre dernier.</a> « Je n’ai plus eu aucune nouvelle ensuite, explique l’avocat. Ils ont envoyé des communiqués et après plus rien. Et j’attends toujours l’invitation de Dominique Versini…. »</p><p><em>(*) Le prénom a été modifié</em></p>
Enfant tondu dans un foyer à Paris : La mairie était au courant dès septembre, des élues saisissent la justice
Published 4 hours ago
Source: 20minutes.fr
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