« A 37 par classe, c’est accepter des résultats décevants »… Pourquoi des lycées réclament leur retour en REP ou REP + ?

Published 4 hours ago
Source: 20minutes.fr
« A 37 par classe, c’est accepter des résultats décevants »… Pourquoi des lycées réclament leur retour en REP ou REP + ?
<p>Dix ans d’attente « et toujours rien ». Depuis la <a href="https://www.20minutes.fr/societe/1502267-20141216-video-tout-comprendre-enjeux-nouvelle-carte-education-prioritaire">réforme de la carte d’éducation prioritaire </a>menée en 2014-2015 par <a href="https://www.20minutes.fr/politique/vincent_peillon/">Vincent Peillon</a>, alors ministre de l’Education nationale, les <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/lycee">lycées</a> ont été exclus du dispositif REP et REP +. Une décision que les enseignants des établissements concernés n’ont jamais acceptée. Et qu’ils espéraient voir corrigée. En vain. La semaine dernière, le ministre <a href="https://www.20minutes.fr/societe/4192160-20251218-colleges-ministre-education-veut-solutions-mesure-etablissements-difficulte">Édouard Geffra</a>y a annoncé qu&#x27;« aucune modification de la carte ne pourra intervenir avant la rentrée scolaire 2027 ».</p><p>« Mais nous, c’est notre quotidien. On ne peut plus attendre, que ce soit pour nos élèves, nos collègues ou nos conditions de travail. Il y a urgence », s’insurge Nicolas Kemoun, professeur de sciences économiques et sociales au lycée Robert-Doisneau de Vaulx-en-Velin, près de Lyon.</p><h2>Une réforme qui s’arrête aux portes du lycée</h2><p>Avant 2015, certains lycées de quartiers populaires bénéficiaient de moyens spécifiques de ce <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/education_prioritaire">dispositif</a> initié en 1981, « destiné à compenser les <a href="https://www.20minutes.fr/dossier/inegalites">inégalités</a> sociales par des moyens pédagogiques supplémentaires », résume Nicolas Kemoun. « Le destin scolaire reste fortement lié à l’origine sociale », souligne-t-il. Pourtant, avec la révision de la carte, seuls des collèges et des écoles sont classés en REP ou REP +. À la rentrée 2025, ça représentait 732 réseaux d’éducation prioritaire (REP) et 365 réseaux d’éducation prioritaire renforcée (REP +).</p><figure><iframe title=" Ces enseignants qui paient des fournitures scolaires pour leurs classes" width="100%" height="100%" src="https://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01357940/zone/1/src/3smkuuz/showtitle/1/" frameborder="0" scrolling="no" marginwidth="0" marginheight="0" hspace="0" vspace="0" webkitallowfullscreen="true" mozallowfullscreen="true" allowfullscreen="true" allow="autoplay" referrerpolicy="no-referrer-when-downgrade"></iframe></figure><p>« L’hypothèse implicite, c’est qu’entre la fin de la 3e et le début de la seconde, il se passerait quelque chose de magique, ironise Nicolas Kemoun. Comme si les difficultés sociales disparaissaient du jour au lendemain. » Au lycée Robert-Doisneau, où l’indice de position sociale (IPS) est de 83 - très loin d’un lycée de Versailles à 161 –, les élèves sont pourtant quasi exclusivement issus de collèges REP et REP +. </p><p>Les conséquences de cette rupture sont très concrètes. L’an dernier, le taux de réussite au baccalauréat atteignait seulement 55 % en terminale technologique. <a href="https://www.20minutes.fr/societe/4054838-20230926-education-prioritaire-touche-securite-eleves-profs-lycees-alertent-classes-surchargees">Ces classes sont régulièrement en sureffectif, parfois jusqu’à 35 ou 37 élèves,</a> et des enseignants non remplacés sur des matières à forts coefficients au bac. « Mettre des élèves aussi fragiles à 37 par classe, c’est accepter des résultats décevants. 55 % de réussite, c’est une faillite totale de la promesse de l’école », juge le professeur.</p><h2>Moins de moyens, plus de tensions</h2><p>La sortie de l’éducation prioritaire a entraîné la disparition de leviers essentiels comme les effectifs réduits mais aussi les heures de soutien ou de tutorat, ainsi que des primes permettant de stabiliser les équipes pédagogiques. « Ce sont précisément ces moyens qui tiennent compte de la difficulté de nos élèves », rappelle Nicolas Kemoun.</p><p>Sans ces moyens, le métier change. « Ce n’est pas la même relation aux élèves quand on est face à 35 élèves, insiste-t-il. On est davantage dans le frontal, dans l’imposition des règles et beaucoup moins dans l’accompagnement vers la réussite. Quand on en a 35 en série technologie, ce n’est plus de l’enseignement, c’est de la magie. Et ça, on ne sait pas faire. » Résultats de cette situation ? Près de 70 % des professeurs de l’établissement aimeraient une mutation, « fatigués ». « Cet épuisement se ressent aussi chez les élèves. Le résultat de cette réforme de 2015 ce sont des classes dysfonctionnent et des collègues en souffrance », tacle Nicolas Kemoun.</p><p>A Vaulx-en-Velin, comme dans d’autres communes de la métropole lyonnaise, des incidents récents - <a href="https://www.20minutes.fr/faits_divers/faits-divers-lyon/4177600-20251007-lyon-apres-serie-tirs-mortiers-petards-couloirs-profs-refusent-faire-cours">des mortiers tirés dans des couloirs</a> ou dans des salles de classe - ont ravivé le sentiment d’abandon. « On sent qu’on est en train de basculer et pour rééquilibrer les choses, on a besoin de vraies politiques, comme des classes qui ne dépassent plus 25 élèves. Au lieu de ça, depuis dix ans, il n’y a plus rien qui reconnaisse le caractère particulier de nos établissements », déplore le professeur.</p><h2>Une mobilisation nationale pour faire réagir</h2><p>Face à ce constat, plusieurs lycées de quartiers populaires, comme Marcel-Sembat à Vénissieux ou encore Frédéric-Faÿs à Villeurbanne, en plus de Robert-Doisneau de Vaulx-en-Velin, ont lancé une campagne nationale pour « l’entrée des lycées dans la carte de l’éducation prioritaire ». Ce collectif veut remettre le sujet au cœur du débat public, sans attendre la promesse de 2027.</p><p>« On aimerait que l’idée de &quot;donner plus à ceux qui en ont le moins&quot;, au lancement du dispositif en 1981 soit de nouveau la préoccupation de nos politiques », appuie Nicolas Kemoun. Avant d’ajouter : « <a href="https://www.20minutes.fr/societe/4127206-20241204-eleves-francais-traine-maths-sciences-traduit-difficultes-systeme">Les dernières études du ministère</a> montrent que notre système éducatif est très inégalitaire. La question est de savoir ce qu’on veut réellement de notre école : veut-on vraiment aller vers davantage d’<a href="https://www.20minutes.fr/societe/egalite-chances/">égalité des chances</a>, que le destin scolaire soit moins dépendant de l’origine sociale des élèves ? Alors la réponse, c’est l’éducation prioritaire. »</p><figure><a href="https://www.20minutes.fr/dossier/education_prioritaire">Tous nos sujets sur l'éducation prioritaire </a></figure><p>Le ministère, de son côté, reconnaît que, « depuis la refondation de 2014-2015, les évolutions socio-économiques intervenues dans les territoires nécessiteraient une actualisation de la carte de l’éducation prioritaire ». Avant d’ajouter que cette actualisation « fait actuellement l’objet d’une étude approfondie qui prévoit quinze à dix-huit mois de travail et ne peut donc être engagée alors que les deux échéances électorales à venir impliquent des périodes de réserve pour l’institution ». « La question des lycées doit faire partie des travaux à venir », indique-t-il. En attendant, seules des mesures ciblées seront appliquées « dès la rentrée 2026 aux situations les plus aiguës de 21 collèges et de 66 écoles ».</p><figure> </figure><p>Les enseignants mobilisés sont prêts à faire des journées de grève nationale pour se faire entendre. Pour eux, le message est clair : prolonger l’éducation prioritaire jusqu’à la fin du lycée n’est pas un luxe, mais une condition minimale pour garantir un véritable service public d’éducation. « Sans volontarisme politique, ce sont nos élèves qui continueront de payer le prix de cette inégalité », conclut Nicolas Kemoun.</p>